recherche

REVODOC

Recherchez dans d'autres bibliothèques du Val d'Oise

Lire l'article complet
Partager "REVODOC" sur facebookPartager "REVODOC" sur twitterLien permanent
Prochains évènements

5-7 rue de Mora
Enghien-les-Bains

01 34 28 42 28

mediatheque@enghien95.fr

Mardi 10h-12h / 14h-18h

Mercredi & Samedi

10h-18h
Vendredi 10h-12h / 14h-19h
Partager "Horaires" sur facebookPartager "Horaires" sur twitterLien permanent

 

Partager "lien de sites internet" sur facebookPartager "lien de sites internet" sur twitterLien permanent
AccueilDernières critiques

Dernières critiques

 

Antonia (Gabriella Zalapì)

note: 5Journal d’une épouse délaissée Les bibliothécaires - 15 mars 2019

Palerme, 1965. Antonia est mariée et s’ennuie profondément, elle est seule et ne supporte plus la vie à deux .Son mari, un notable de la ville, est autoritaire et peu aimant. Elle a un fils qui est élevé par une nourrice exclusive. Suite au décès de sa grand-mère, elle tient un journal qu’elle étoffe de lettres, carnets et photographies. En dépouillant ces archives, elle reconstruit le puzzle du passé familial. Elle puise dans cette recherche la force nécessaire pour échapper à sa condition.
Roman d’une femme émancipée dans les années 1960,qui est rythmé de photographies tirées des archives familiales de Gabriella Zalapì, ce qui donne un caractère biographique à ce journal. D.S.

Contes ordinaires d'une société résignée (Ersin Karabulut)

note: 4Une anticipation poétique et acerbe Les bibliothécaires - 8 mars 2019

À travers quinze historiettes à l’imaginaire sombre et cynique, le dessinateur et satiriste turc Ersin Karabulut dépeint le quotidien d’une société contemporaine dans ses travers les plus troublants. Relevées d’une touche fantastique et surnaturelle, ces chroniques sociales de quelques planches suffisent à susciter le malaise (voire l’horreur ?) par des métaphores inquiétantes où la noirceur poétique le dispute à une satire glaçante et acerbe.
Entre le vieillard qui ne meurt jamais et vampirise ses proches, le fœtus dont on prédit la future carrière professionnelle dès l’échographie, les éruptions cutanées qui communiquent avec leurs hôtes ou encore ceux qui se couperaient volontiers bras et autres organes par amour, Karabulut évoque avec poésie et humour (noir, certes) une société du renoncement, minée par les carcans sociaux et complètement apathique. Drôlement effrayant : à découvrir si vous n’êtes pas trop déprimé ! Vv

La tour fantôme n° 1 (Taro Nogizaka)

note: 4À tour de rôle ! Les bibliothécaires - 8 mars 2019

L'histoire se déroule en 1954, dans la ville de Kobe au Japon.
La tour de l'horloge, aussi communément appelée Tour Fantôme, est l'un des endroits les plus effroyables de la ville. En effet le 23 Juin 1952, à 23h53 exactement, un horrible drame s'y est produit. Tatsu Fujiwa, une femme de 60 ans, a brutalement été assassinée par sa fille adoptive, Rika, âgée de 23 ans ! Depuis, deux ans se sont écoulés.

Taichi Amano, un jeune homme un peu perdu et vivant en marge de la société se retrouve par la force des choses à enquêter sur cette fameuse tour, le menant de rencontres en découvertes sordides.
Cette série alterne les genres de manière très fluide, passant du drame au policier, puis du mystère à l’horreur sans la moindre discordance. Les personnages sonnent vrai, chacun évoluant à sa propre manière opposant parfois son intérêt personnel à l’objectif du groupe. Ainsi ils vont tour à tour s’entraider, dissimuler des informations et mettre également en danger les autres.

L’ambiance générale rétro et délicieusement glauque ne sera pas au goût de tout le monde mais ce serait se passer d’une histoire prenante et SURprenante.
À noter tout de même la présence importante de violence (modérée certes mais tout de même) : La tour fantôme vise donc avant tout un Public Adulte et adolescent.
T. V.

Incendies (Denis Villeneuve)

note: 4Femme qui chante Les bibliothécaires - 1 mars 2019

Incendies est un film du réalisateur canadien Denis Villeneuve sorti en 2010. Villeneuve, déjà connu pour ses succès de science-fiction tels que Premier Contact ou Blade Runner 2049, montre ici tout son talent de metteur en scène en matière de dramaturgie. Ce film est une adaptation de la pièce de théâtre éponyme de Wajdi Mouawad, portant sur la quête identitaire autour du passé d’une femme réfugiée au Canada. A la lecture du testament de leur mère Nawal Marwan, ses enfants Jeanne et Simon se voient remettre par le notaire deux enveloppes : l’une destinée à leur père qu’ils croyaient mort avant leur arrivée au Canada, et l’autre destinée à leur frère dont ils ignoraient l’existence. Le film se transforme alors en enquête sur le terrain, dans un pays du Moyen Orient (certainement le Liban pendant la guerre civile) jamais nommé. Le cinéaste alterne entre récits présents et passés que le spectateur doit raccorder entre eux afin de retracer la vie de cette femme qui devient à la fois mère mais aussi terroriste, prisonnière de guerre, et femme violée. Ce procédé permet au spectateur d’atteindre une plus grande compassion pour les jumeaux qui découvrent leur histoire au fur et à mesure de leurs recherches.
Un film très dur qui ne vous laissera pas indifférent. R. V.

Soundtrax (Fred Pallem)

note: 5Une collection de vraies fausses B.O. de films Les bibliothécaires - 1 mars 2019

Toujours inclassables, les musiques de Fred Pallem s’inspirent systématiquement de sa première passion : les musiques de films. Un voyage à travers le temps et les salles obscures de cinémas de genres : du thriller italien aux séries Z, en passant par la Blaxploitation et les nanars érotiques français des années 70. Suspense, émotions, humour :16 titres jubilatoires de vraies-fausses bandes originales dont seul notre imaginaire peut en définir le film. « Cet album a été pensé comme une B.O, sans le film, avec la seule volonté de convoquer des images. C’est un album pour "tripper", se faire son propre scénario. » A découvrir absolument ! C.G.

137 avenue Kaniama (Baloji)

note: 5Un aller retour Kinshasa-Bruxelles, svp… Les bibliothécaires - 1 mars 2019

Baloji est belgo-congolais, ou « kongaulois », comme le dit le titre de l'une de ses chansons. Baloji produit ici un rap atypique, un métissage festif de hip-hop, de funk, de house et chargé d'influences africaines. L’afro beat de Fela Kuti n’est pas très loin non plus : morceaux longs, rythmes répétitifs envoûtants. Mais pas seulement : Baloji est également un enfant de la chanson francophone avec des textes puissants au service d’un récit autobiographique ou engagés pour évoquer des satires sociales et politiques. Sa musique est un terrain de jeu qui lui permet de traiter le désespoir avec humour, de transcender les situations, puis de s'en détacher. C.G.

Dogman (Matteo Garrone)

note: 5Chienne de vie Les bibliothécaires - 1 mars 2019

Dogman est un film du réalisateur italien Matteo Garrone déjà connu pour son œuvre Gamorra sorti en 2008 et portant sur la mafia napolitaine.
Ici, il s’inspire d’un fait divers réel de la fin des années 1980, qui choqua toute l’Italie. Le scénario se déroule dans une station balnéaire de Campanie en déshérence. On suit Marcello, interprété par le formidable Marcello Fonte (Prix d’interprétation à Cannes), un toiletteur pour chien apprécié et aimé de tous. Marcello se retrouve malgré lui entraîné dans une spirale criminelle lorsque réapparait son ami Simoncino, un ancien boxer accro à la cocaïne. Celui-ci est obligé de commettre des cambriolages pour financer son addiction et contraint très vite Marcello à prendre part à ses exactions. Marcello se retrouve alors isolé de sa famille, détesté de tous, et n’a d’autre choix que d’assumer ses forfaits. Trahi, il doit tout recommencer à zéro, mais compte bien cette fois se venger.
Dogman pourrait être assimilé à un film de vengeance, mais cette finalité tant attendue par le spectateur, ne sera qu’un échec pour Marcello car celui-ci se retrouvera encore plus seul, vidé de toute humanité, montrant l’échec de la gentillesse face à la violence. Le but inavoué du réalisateur est la dénonciation de la violence qui sévit de façon récurrente en Italie et la passivité des gouvernants qui ont abandonné cette population. La parabole du début du film dans laquelle le chien violent devient gentil suite aux soins prodigués par Marcello ne s’applique pas à l’homme, Dogman résonne surtout comme le constat d’une violence qui pousse l'humain à ce qu'il est le plus souvent, une bête. Le film n’est pas sans rappeler les comédies satiriques des grands cinéastes italiens des années 60 tel que Comencini ou De Risi, où l’on cherchait à montrer l’envers du miracle économique. Un film haletant, à découvrir. R.V.

Kedi, des chats et des hommes (Ceyda Torun)

note: 4Des chats et des hommes Les bibliothécaires - 15 février 2019

Si vous aimez regarder des vidéos de chats sur internet (qui n’aime pas les vidéos de chats ??), ce film de Ceyda Torun est fait pour vous : la réalisatrice turque nous propose de suivre le temps d’une journée les gambades de sept matous parmi les milliers qui vagabondent à leur gré dans les rues d’Istanbul. Des chats, du soleil et de beaux paysages, que demander de plus ?

Aux animaux la guerre (Nicolas Mathieu)

note: 5Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés… Les bibliothécaires - 15 février 2019

Le prix Goncourt 2018 a récompensé Nicolas Mathieu pour « Leurs enfants après eux ». Mais connaissez-vous son premier et précédent roman paru chez Actes Sud dans la collection Actes Noirs, la fameuse collection de Stieg Larson et de Camilla Lackberg ?
Nicolas Mathieu nous livrait en 2014 un polar complexe enraciné dans le terroir vosgien fracassé par les licenciements économiques. Nous découvrions une palette de personnages bousculés, déclassés, aspirés par le quotidien dans lequel les « héros » étaient en équilibre entre le mal et le bien. Derrière l’esprit roman policier de cette fresque du quotidien pointait déjà le roman politique de la France « périphérique ». Nicolas Mathieu a adapté fin 2018 son roman en une série de très bonne facture pour la télévision. Y.G.

Botanicum (Katherine J. Willis)

note: 5Promenade végétale Les bibliothécaires - 15 février 2019

Entre herbier et cabinet de curiosités, ce livre invite à la déambulation planche après planche. Le lecteur y découvre la merveilleuse diversité que la Nature a à offrir au travers de somptueuses illustrations mises en valeur par le format de l’ouvrage. Et puis, les textes sont exigeants MAIS totalement abordables aux enfants. C’est le livre parfait à feuilleter avec les enfants pour (re)-découvrir le monde végétal complexe et fascinant. C.G.

Dans la forêt (Jean Hegland)

note: 5Séquoia le problème? Les bibliothécaires - 15 février 2019

Deux sœurs, Nell et Eva, vivent dans la demeure familiale au fin fond des bois à bien 50 kilomètres de toutes formes de civilisations tandis que le monde civilisé extérieur se meurt tel un feu de bois mal attisé.
Si vous êtes à la recherche d’une histoire pleine de bons sentiments, passez votre chemin : ce roman est un roller-coster émotionnel, alternant des moments de tendresse touchante avec des épisodes au désespoir certain.C’est comme-ci nous étions soumis au rythme des jongleries bigarrées d’un saltimbanque nous plongeant dans une espèce d’expectative angoissante.
Nous sommes ici les spectateurs de la vie des deux jeunes femmes livrées à elles-mêmes, tentant de vivre plutôt que de survivre.
Préparez-vous pour sa lecture car ce roman est une longue course en apnée où les moments de répit sont rares et fugaces. T.V.

Sketches of nowhere (Antoine Pierre)

note: 4Un son de nulle part Les bibliothécaires - 1 février 2019

Antoine Pierre et son quintet Urbex signent un deuxième album intitulé Sketches of nowhere? jazz planant inspiré des plus grands comme Miles Davis, mais aussi teinté d’une touche plus électro absente du précédent album sorti en 2016. Cette confrontation entre acoustique et électro montre une volonté de mélanger tradition et innovation. Il s’agit d’une suite d’improvisations, enregistrée en studio avec de nombreuses collaborations, notamment celle de Ben Van Gelder au saxophone ou encore de Magic Malic à la flute et au chant. La principale nouveauté de l’album est ce besoin de mixer le son rock et jazz, ce qui donne une spontanéité à l’ensemble de la création. L’ambiance de l’album est presque hypnotique. La présence de Bert Cools et de sa guitare électrique dans le quintet ont a fortement orienté l’album vers la musique électronique notamment en utilisant des pédales d’effets. Les morceaux sont des improvisations qui s’inspirent du vécu des musiciens, comme sur le titre Entropy où Antoine Pierre s’intéressait aux théories de Stephen Hawking. Ce principe de l’entropie qui stipule le désordre croissant, propose un début de morceau très ordonné, qui au fur et à mesure se déconstruit, et le désordre augmentant aboutit à une fin totalement chaotique. Ce voyage en dix pistes s’accompagne d’un livret comportant des photos d’enregistrements studio, comme pour tracer ce qui paraissait être une simple et éphémère collaboration, et qui finalement se poursuivra pour de nombreux concerts. A découvrir sans attendre. R. V.

Exotic worlds and masterful treasures (Stimulator Jones)

note: 5Sous le soleil, la plage Les bibliothécaires - 1 février 2019

Avant l’écoute même de l’album, l’esthétique rétro chic du collage de la couverture interpelle : champignons géants (hallucinogènes ?), femmes nues lascivement étendues, fruits exotiques. La musique de Stimulator Jonesrenvoie aux années 80-90 pour une balade en roller sous les palmiers de la côte californienne, un casque sur les oreilles envoyant des morceaux soul et funky à souhait. Ce groove sirupeux, voire cliché, n’en demeure pas moins séduisant. C.G.

Broadway Limited (Malika Ferdjoukh)

note: 4Swing Time Les bibliothécaires - 15 janvier 2019

Suite à une méprise linguistique et grâce à un bocal de soupe d’asperges, Jocelyn Brouillard, 17 ans, étudiant français en musicologie et fraîchement débarqué à New York, se retrouve logé à la pension Giboulées, exclusivement réservée aux jeunes filles.

On est en 1948 : tandis que le vieux continent se relève péniblement de la guerre, Jocelyn découvre une Amérique où le jazz et les paillettes explosent dans les clubs et les théâtres de Broadway, alors qu’en coulisses, la peur du « rouge » s’érige progressivement en chasse aux sorcières au sein du monde éclatant du show-business et des comédies musicales.

C’est bien peu de chose pour égratigner les rêves de Jocelyn et ses nouvelles camarades de pension, attachantes jeunes demoiselles téméraires et pétillantes, assoiffées de gloire et de justice, et qui s’imaginent volontiers au bras d’un Fred Astaire ou récoltant déjà les acclamations d’une Ginger Rogers. Mais derrière chaque rêve, se cache une blessure secrète, une quête personnelle dont chacune tente de venir à bout.

Alors que le roman s’insère à l’aube de la guerre froide, on s’amuse pourtant avec ces jeunes gens et on se prend à croire avec eux en un monde qui tournerait tout en musique et où les grandes vedettes d’hier et d’aujourd’hui feraient irruption dans nos vies avec la facilité d’un caméo d’Alfred Hitchcock. Ces filles du docteur March d’un nouveau genre, gardées par un dragon mélancolique et mélomane, n’ont pas fini de nous faire rêver… et danser. À lire avec les plus beaux morceaux de jazz en fond !
Vv

Les Amazones (Adrienne Mayor)

note: 4À la rencontre des Amazones Les bibliothécaires - 15 janvier 2019

Adrienne Mayor nous entraîne sur les traces des Amazones, ces guerrières fantasmées qui ont fait couler beaucoup d’encre (et de sang) et qui ont peuplé l’imaginaire de l’Antiquité occidentale. Dans les mythes des Grecs et des Romains, elles sont de redoutables combattantes, forcément belles et braves, à l’égal des plus grands héros grecs et des plus valeureux généraux romains. Mais c’est leur caractère mortifère et castrateur qui a fait leur renommée et les a définies comme les dignes adversaires de héros civilisateurs qui en triompheront toujours systématiquement (ou presque…).

En s’appuyant sur de récentes découvertes archéologiques et génétiques ainsi que sur l’analyse de différents artefacts antiques, Adrienne Mayor rectifie le tir et met à jour la réalité historique des Amazones. Elle nous montre qu’il n’y eut jamais de femmes mutilant leurs enfants mâles ni se coupant un sein pour mieux guerroyer. Il y eut en revanche des femmes combattantes, issues de peuples nomades (et mixtes !) qui auraient été les premiers à domestiquer les chevaux et qui parcoururent les environs de la Mer Noire et les steppes eurasiennes jusqu’en Inde et en Chine. L’historienne nous révèle ainsi ce qu’on sait de ces « Amazones » réelles et de leur mode de vie. Elles combattaient en effet à l’égal des hommes et on ne les identifia que récemment comme figurant parmi les guerriers dont on a retrouvé les tombeaux tout au long du XXème siècle dans les régions de la Mer Noire et de la Mer Caspienne, guerriers qu’on a longtemps crus être uniquement des hommes.

Mais loin de nous limiter au monde européen, l’historienne nous conduira aussi en Perse, en Arabie, en Lybie puis en Asie centrale et en Chine, à la découverte de civilisations qui avaient leurs propres histoires de femmes guerrières. Ces combattantes semblaient parfois ne pas faire figure d’exception mais constituaient bien la norme au sein de peuples dont le principal mode de vie était sans cesse soumis à la mobilité et l’indépendance. Et c’est peut-être ce qui, chez les Amazones, a autant fasciné et dérangé les Grecs : leur redoutable indépendance qu’ils voyaient refléter dans le rejet de la féminité classique, telle qu’elle était conçue par la société gréco-romaine.
Vv

Entre 2 rives (Ki-Duk Kim)

note: 4Ouvre tes yeux Les bibliothécaires - 5 janvier 2019

Entre 2 rives est un film réalisé en 2016 par le réalisateur coréen Kim Ki-duk. A travers l’histoire d’un pêcheur nord-coréen nommé Nam Chul-woo et interprété par Ryoo Seung-bum, il a voulu dénoncer toute la brutalité de la relation fratricide qui s’exerce entre les Corées pour des raisons idéologiques totalement dénuées de sens (le Sud capitaliste et le Nord communiste). Nam Chul-woo, modeste pêcheur nord-coréen, tombe en panne au milieu du lac qui fait office de frontière entre les deux Corées. Ses filets se sont pris dans l’hélice du moteur et il dérive ainsi jusqu’en Corée du Sud. Interpelé, il est considéré comme un espion, et les méthodes alors utilisées à son égard n’ont qu’un but: le faire avouer. Les interrogatoires pratiqués en Corée du Sud ressemblent beaucoup à ceux du Nord. Le parallèle vaut aussi pour les méthodes de manipulation de l'opinion publique. Les deux Corées sont semblables dans leurs contradictions. Un terrible mécanisme kafkaïen se met alors en place, rendant impossible tout retour en arrière pour notre malheureux héros. Quoi qu’il fasse il est considéré comme un espion des deux côtés. Petit à petit Nam Chul-woo est broyé par les deux systèmes, alors que son seul but était de rentrer chez lui pour retrouver sa famille.
Le 22ème film de Kim Ki-duk se veut ouvertement politique et renvoie dos à dos deux pays paranoïaques et antagonistes. Kim Ki-duk remet notamment en cause le capitalisme exacerbé de la Corée du Sud qui n’arrive plus à satisfaire sa population et dénonce un système démocratique qui n’en a que les apparences. La façon de filmer traduit la colère du cinéaste dont la principale préoccupation est le temps qui passe. Plus on avance dans la narration plus les antagonismes entre les deux pays augmentent. Mais l’espoir est encore permis à travers le personnage de Oh Jin-woo, jeune garde du corps de Nam, car la jeunesse est la clé de la réunification, grâce à son ouverture d’esprit. Une véritable leçon de tolérance. R. V.

Andalusia of love (Marcel Khalife)

note: 4Andalousie mon amour Les bibliothécaires - 3 janvier 2019

Marcel Khalifé, compositeur, chanteur et oudiste libanais, reprend dans ce nouvel album Andalusia of love les poèmes de son grand ami Mahmoud Darwich disparu en 2008. Leur complicité artistique avait déjà rencontré de nombreux succès, notamment avec l’album Promises of the storm sorti en 1976, mais aussi de grandes mésaventures avec l’album The arabic coffee pot sorti en 1995 qui valut à Khalifé un procès pour blasphème religieux, ayant utilisé un verset du Coran. Dans cet opus Andalusia of love, on retrouve un long poème d’amour écrit par Darwich, vibrant hommage à l’ancien Khalifa andalou du 15ème siècle où Musulmans et Chrétiens coexistaient en paix, faisant écho à l’engagement humaniste et pacifique partagé par les deux auteurs. Le poème est traduit en anglais sur la pochette du cd, laissant au public la possibilité de s’imprégner du texte. La voix grave de Khalifé donne une résonance spirituelle et poignante au texte, l’oud et sa voix se mélangent parfaitement pour créer une douce harmonie orientale, l’ensemble accompagné de son quartet composé à la fois de son fils Ainé Rami au piano, et de son cadet Bachar aux percussions. Le piano donne des notes de virtuosité et de modernisme à toute l’œuvre. Andalusia of love vous submergera d’émotions à coup sûr. RV

Rider (The) (Chloé Zhao)

note: 5Rider on the storm Les bibliothécaires - 3 janvier 2019

The rider dresse le portrait bouleversant d’une étoile montante du rodéo et dresseur de chevaux, tentant de trouver un nouveau sens à sa vie après un tragique accident qui le prive de sa passion. Pour ce deuxième film, Chloe Zhao pose à nouveau sa caméra dans le Dakota du Sud mais les cowboys de son western moderne s’avèrent cassés, désœuvrés, vulnérables dans ces grandes plaines américaines. Une Amérique sublimée et en même temps étouffante.
Elle s’attache aussi à montrer une communauté, hors du temps et socialement isolée, qui glorifie la nature, se retranche dans des traditions et une culture forte, qui à nos yeux d’Européens, peuvent paraître incompréhensibles.
Une scène est remarquablement filmée : une chorégraphie entre le cheval et Brady. Le jeune homme tente de dompter le cheval, il l’approche progressivement, il le monte puis redescend et ainsi de suite jusqu’à ce que le cheval l’accepte définitivement sur son dos. Elle capte la relation fusionnelle entre ces deux êtres permettant à Brady de trouver le chemin du deuil et de la guérison. C’est bouleversant et magnifique

Hip hop after all (Guts !)

note: 5Habillés pour l'hiver Les bibliothécaires - 2 janvier 2019

Loin d’être une nouveauté, Hip Hop after all mérite d’autant plus l’écoute. Œuvrant dans les coulisses du hip hop, Guts, producteur de l’ombre, signe içi une pépite. Cet alchimiste du son a composé 16 titres melting pot mêlant élégamment soul, funk, jazz et rap old school. La production de cet album vous rappelera le son des 80/s ou 90’s. Et puis, les transitions entre chaque titre sont soignées comme sur une vieille station de radio américaine Hip hop after all donne chaud, alors vous voilà parer pour l’hiver. C.G.

Moi, ce que j'aime, c'est les monstres (Emil Ferris)

note: 5Monstres et cie Les bibliothécaires - 15 décembre 2018

Remarquable première œuvre de la dessinatrice Emil Ferris, Moi ce que j’aime, c’est les monstres se présente à la fois comme le journal intime et le carnet à dessins d’une fillette de 10 ans. Karen Reyes vit avec une famille aimante mais pauvre dans le sous-sol d’un immeuble de Chicago dans les années 60. Fascinée par les monstres en tout genre, elle est malmenée à l’école mais laisse sa créativité se déployer dans son journal où elle se représente volontiers en loup-garou et reproduit (au stylo bille !) tableaux de maîtres et couvertures de pulp comics d’horreur.

Son journal devient un carnet d’enquête lorsqu’elle apprend l’inexplicable mort de sa sympathique mais mystérieuse voisine, Anka Silverberg, rescapée de la Shoah : persuadée qu’il ne s’agit pas d’un suicide comme le conclut la police, Karen se lance dans une enquête qui la mènera à s’interroger sur son entourage et sur elle-même, tout en lui faisant découvrir la jeunesse d’Anka dans l’Allemagne des années 30 et pendant la seconde guerre mondiale. Les deux récits s’entremêlent et abordent les problématiques sociales de l’Amérique des années 60, plongée dans la lutte pour les droits civiques.
Dense et prenant, ce premier tome est une véritable prouesse artistique et se conclut sur un cliffhanger qui annonce déjà une série d’envergure. À découvrir.
Vv

Hiver indien (Charlotte Bousquet)

note: 3Une douce histoire de Noël Les bibliothécaires - 15 décembre 2018

Hiver indien est une nouvelle collaboration de Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini qui avaient déjà signé ensemble une série de BD pour ados (collection les Graphiques chez Gulf Stream). Cette fois-ci elles restent dans l’univers adolescent avec un roman graphique centré sur la musique.

Manon, 16 ans, est timide et peu sûre d’elle. Elle se remet difficilement d’un échec à une audition de piano dû au trac et à la pression de ses proches. L’adolescente trouve peu de réconfort auprès d’un père effacé qui ne la comprend pas et qui vit dans l’orbite d’une famille en apparence unie mais minée par les rivalités et les rancœurs.
Alors qu’elle s’apprête à les retrouver pour les fêtes de fin d’année, réapparaît dans leur vie Nadia, la marraine de Manon, qui s’était brouillée avec la famille pour avoir tout quitté afin de réaliser son rêve de devenir violoncelliste. Entre les deux femmes naîtra une complicité qui permettra à Manon de reprendre confiance en elle et de s’affirmer. Un sympathique roman graphique sur la transmission et les incertitudes de l’adolescence.
Vv

Saint Georges (Marco Martins)

note: 5Les poings au service du desespoir Les bibliothécaires - 1 décembre 2018

Saint Georges est un film de Marco Martins sur la crise financière au Portugal en 2011. Il a été présenté lors de la Mostra de Venise en 2016 et Nuno Lopes l’acteur principal a obtenu le prix du meilleur acteur. Est mis en scène la déchéance de Jorge, un homme qui a tout perdu: son emploi, sa femme, et bientôt son fils. La boxe, sa seule sortie de secours, ne lui rapporte plus rien. Il propose alors ses services à une entreprise de recouvrement qui sème la terreur auprès des victimes de la crise comme lui.
Dans ce film sombre, la misère est visible partout, il n’y a aucune échappatoire. Le personnage erre dans une ville fantomatique de Lisbonne, méconnaissable. La plupart des scènes se passent la nuit dans des quartiers pauvres. Le racisme s’invite aussi au travers les échanges de ces victimes de la crise financières qui prennent pour responsable les étrangers venus au Portugal pour travailler. Le regard que le père de Jorge porte sur sa femme Susanna en est symptomatique : il l’appelle « la Brésilienne », avec beaucoup de mépris. Toutes ces vérités lui arrivent en pleine face, et ces coups-là sont bien plus douloureux que ceux reçus sur le ring. Cette morale il tentera de l’inculquer à son fils après son dernier combat.
La déshumanisation de cette société touche même les sentiments, puisque l’amour entre les êtres est mis à l’épreuve par le matérialisme. Comment peut-on encore vivre quand on n’a plus rien? Pour certain la solution est toute trouvée, il ne reste plus qu’à disparaitre une bonne fois pour toute.
Ici, Marco martins a voulu donner le témoignage d’une réalité qui a modifié les mentalités de tout un pays : un univers poignant qui ne vous laissera pas indifférent.R.V.

Dancehall (Blaze (The))

note: 5Sur le dance...hall Les bibliothécaires - 1 décembre 2018

L’itinéraire fulgurant de The Blaze ressemble à celui de nombreux groupes découverts sur le net. C’est d’autant plus vrai que leur musique s’écoute autant qu’elle se regarde. En effet, ces deux cousins réalisent des clips aux allures de courts métrages sensuels dans lesquels sont glorifiées les notions de jeunesse, de communautés ou d’amitiés. Côté musique, leurs mélodies mêmes racontent des histoires. Une voix soul et robotique traverse la quasi-totalité des morceaux leur donnant une touche mélancolique voire crépusculaire. Cette électro-house pourra convaincre les plus récalcitrants à la musique électronique. C.G.

Wanderer (Cat Power)

note: 5Douceur vagabonde Les bibliothécaires - 1 décembre 2018

Originaire de Georgie, Chan Marshall alias Catpower est une fille du Sud des États-Unis. Le sud-américain: celui de la Soul.
Imprégnée de cette musique ainsi que de celle de ces ainé(e)s folkeu(ses) x, elle a ouvert la voie à une ribambelle de chanteuses ces dernières années. Aujourd’hui, elle opère un retour lumineux aux sources d’une musique folk plus mélancolique et minimaliste où la plupart des morceaux sont dominés tantôt par la guitare tantôt par le piano. C’est un album très dépouillé, voire acoustique, et on reste suspendu à ce fil fragile et émouvant. C.G.

Princesse Kevin (Michaël Escoffier)

note: 5Quand les garçons voient aussi la vie en Rose… et pas qu’en bleu ! Les bibliothécaires - 10 novembre 2018

Les filles auraient le droit de se déguiser en cowboy ou en pirate, mais pour les garçons, interdit de porter une robe de princesse??!
Kevin est une princesse. Les autres peuvent bien rigoler, Kevin s’en moque. Kevin est une princesse, un point c’est tout. Sa sœur lui a prêté une robe, des chaussures à talon, quelques bijoux. Il a emprunté le maquillage de sa maman, et maintenant Kevin est une princesse. Il ne voit pas ce qu’il y a de mal à se déguiser ainsi. Quand on se déguise, c’est pour qu’on ne vous reconnaisse pas. Sinon, ça ne sert à rien de se déguiser. Et d’abord, qui a décrété que seules les filles pouvaient se déguiser en princesses ?

Sous l’effet « girly » assuré par sa couverture et ses illustrations roses fluo, l’auteur Michael Escoffier et l’illustrateur Roland Garrigue abordent avec humour le thème de la différence, de la tolérance et la liberté d’être soi que cela plaise ou pas.

Monsieur Fée (Morgane de Cadier)

note: 5un beau message pour les enfants sur la différence Les bibliothécaires - 10 novembre 2018

Ce qui attire dans cet album, c’est avant tout le titre et le petit éléphant grognon en robe.
Chouette vous dites-vous, un album sur la théorie du genre et bien… non pas tout à fait…
Certes Monsieur fée est (a priori) la seule fée masculine de la forêt, mais l’histoire ne tourne pas autour de ça, l’enjeu ici est surtout de démontrer que chacun possède ses propres forces et faiblesses et ce qu’y paraît inutile au premier coup d’œil peut finalement s’avérer indispensable.

Deux mots sur l’histoire, Monsieur fée faisant tout de travers décide de quitter la forêt et découvre par hasard une ville, tout y est gris, tout le monde y est triste. (Un peu comme Paris en gros). Il décide alors d’utiliser ses dons pour remettre de l’ordre dans tout ça, évidemment rien ne fonctionne comme il le voulait mais ce sont finalement les effets secondaires de sa magie qui ont le plus d’impact, redonnant aux habitants de la ville le sourire.

Un personnage attachant avec de savoureuses illustrations, un récit poétique et rempli d’optimisme. Un album qui vaut le coup qu’on s’y attarde.

Night is short, walk on girl (Masaaki Yuasa)

note: 5Délire visuel Les bibliothécaires - 3 novembre 2018

Night is short walk on girl est un film d’animation japonais du réalisateur Yuasa Masaaki, auteur déjà connu pour son cultissime Mind Game. Il s’agit ici d’une comédie romantique ubuesque. Senpaï, un jeune étudiant de Kyoto, est secrètement amoureux d’une jeune fille aux cheveux noirs dont il ne connaît ni le nom, ni l’adresse. Afin de la séduire, le jeune homme transi manœuvre depuis des mois pour mettre en place l’opération OCV, consistant à occuper le champ de vision de la jeune fille et à provoquer des rencontres inopinées, afin que celle-ci tombe amoureuse de lui. Le terrain étant bien préparé, il est temps pour lui de passer à l’action en lui avouant ses sentiments. Pour cela il a toute une nuit pour y arriver, mais comprendra-t-elle ses sentiments ?
La romance des deux étudiants se transforme peu à peu en une véritable épopée métaphysique où l’on rencontre des personnages plus originaux les uns que les autres : un obsédé amateur d’estampes érotiques, un dramaturge qui changera de caleçon le jour où il retrouvera la femme de ses rêves, un vieux riche dépressif qui passe son temps à organiser des concours complètement fous.
Cette nuit-là semble durer une année entière, ne s’égrène pas au même rythme pour les différents personnages : sur le cadran des montres des plus âgés l’aiguille file à une vitesse vertigineuse tandis que pour les plus jeunes, elle tourne au ralenti, leur laissant le temps d’accomplir leurs rêves.
Pour le spectateur c’est une heure trente de grand divertissement qui ne laisse pas le temps de respirer. Une révélation visuelle et scénaristique à la fois drôle et immersive. Un rêve éveillé. R. V.

Ce qui nous lie (Cédric Klapisch)

note: 3Un bon cru ! Les bibliothécaires - 3 novembre 2018

Ce qui nous lie est un film de 2017 du réalisateur Cédric Klapich. Il s’agit là de son onzième long métrage.
Le film relate la reprise par une fratrie d’un domaine familial situé en Bourgogne. Jean, l’ainé des fils, interprété par Pio Marmaï, a quitté le pays il y a presque dix ans pour faire un tour du monde et surtout pour fuir l’autorité du père. Sa mère, morte il y a un peu plus de 4 ans, il n'a pas donné signe de vie depuis. Cet épisode a laissé des traces au sein de la fratrie, notamment entre Jérémie le benjamin et Jean; or lorsque sa sœur le prévient que son père est gravement malade, celui-ci décide de rentrer, mais de façon provisoire, car il a refait sa vie en Australie, où il est devenu père d’un petit garçon. Rien cependant ne se passe comme prévu puisque le père meurt juste avant les vendanges. Tous décident alors de vivre une année ensemble, quitte à mettre leur vie respective entre parenthèses afin de régler les problèmes de succession et produire la nouvelle récolte.
Ce qui lie ces jeunes est bien plus qu’un simple héritage car c’est la terre elle-même, comme le constate Jean en voix off « à force de travailler la terre, on s'imagine qu'elle vous appartient, alors qu'on finit par réaliser que c'est vous qui lui appartenez ».
Les films de Klapisch sont marqués par sa façon de dresser des portraits et de tisser des liens entre les personnages. On se souvient du portrait générationnel des étudiants Erasmus dans l’Auberge Espagnole. Ici on s’intéresse surtout aux rapports familiaux, entre un père et un fils, entre deux frères et une sœur. La notion de transmission est également très présente dans le film, pas seulement la transmission d’un bien ou d’une terre mais aussi celle d’un savoir. La vigne demande un long apprentissage, tout comme ces jeunes gens devront trouver leur équilibre entre espoirs et souvenirs.
Un très bon cru à déguster sans modération, bien que celui-ci laisse une certaine langueur en bouche. R.V

Geography (Tom Misch)

note: 5Voyage sonore Les bibliothécaires - 3 novembre 2018

Inconnu pour la plupart d’entre nous, le Londonien Tom Misch, 22 ans, compte déjà quelques millions d’écoutes et de vues sur le net pour les différents titres qu’il a produit au cours des trois dernières années. Totalement ouvert et curieux, il n’hésite pas à mélanger les styles et les sons, sans complexes. Ainsi, dans la musique de Tom Misch se croisent des sonorités pop, funk, hip-hop, soul, jazz ou même disco, pour un résultat aussi singulier que familier, parfaitement abouti, d’une grande diversité et d’une grande richesse. La preuve en est avec les nombreuses collaborations sur cet album et dans ses productions plus généralement : Loyle Carner, De la Soul…C.G.

Lost & found (Jorja Smith)

note: 5Jorja on my mind Les bibliothécaires - 2 novembre 2018

Dans la catégorie « espoir de la soul anglaise », je demande Jorja Smith. La presse aime voir en elle une héritière d’Amy Winehouse pour cette voix éraillée voire lascive. Elle aussi est autrice de ses textes, engagés pour certains, et dans lesquels elle vient à questionner la société anglaise. Musicalement, elle puise dans un large champ. Son album se compose à la fois de R'n'B, de dance-hall, de jazz, de gospel. Sa voix majestueuse, est portée par des rythmes minimalistes et des synthés lascifs. C.G.

Orages d'acier (Ernst Jünger)

note: 4Témoignage exceptionnel Les bibliothécaires - 9 octobre 2018

Dans ce livre, Ernst Jünger nous fait revivre la grande guerre de 14/18 sous la plume du jeune officier qu'il fut à cette époque.
Bien que ce soit le point de vue d'un Allemand, on est frappé par la similitude du vécu, des situations, avec les récits des écrivains français : mêmes villages, mêmes batailles dont la célèbre bataille de la Somme, mêmes tranchées, mêmes gaz, mêmes obus, mêmes morts atroces…
Un livre surprenant, qui vient sans doute de la distance qui nous sépare de 14-18, mais aussi par la forme de la narration de cet « Orages d'acier ».
En effet, il y a dans ce récit peu de peur perceptible: le ton est froid, les descriptions sans émotion ni sentiment. Des déluges de balles, d'obus, de massacres. Vers la fin du livre où l'on sent l'épuisement et la folie qui guettent.
Fascinant, par le courage et l'humanité de Jünger, qui n'a aucune animosité envers ceux d'en face, les soldats de l'autre camp (comme en témoignent ces scènes étonnantes de conversation avec des soldats anglais, par-dessus les tranchées, ou au moment de capturer des prisonniers).
Etonnants encore les moments de bonheur relatés dans ce livre... telles ces journées de lecture dans l'abri des tranchées.
Ce livre fait le pendant aux écrits de Maurice Genevoix (« Ceux de 14 ») puisque les deux auteurs se sont retrouvés sur les mêmes lieux de bataille presque au même moment.
Ainsi, un remarquable ouvrage de Bernard Maris verra le jour prochainement pour évoquer les destins croisés de ces deux écrivains-guerriers d'un autre siècle : "L'homme de guerre - M. Genevoix face à E. Jünger" … F.D.

Andersen (Nathalie Ferlut)

note: 5À l'Eventyr ! Les bibliothécaires - 6 octobre 2018

Il était une fois, le fils d’un pauvre cordonnier qui rêvait d’aventures et de gloire. Ainsi pourrait commencer, comme n’importe quel conte, le récit de la vie palpitante de Hans Christian Andersen, dont Nathalie Ferlut a tiré une biographie d’une grande poésie.

Mais loin de l’autobiographie enchantée où Andersen lui-même tentait de persuader le lecteur qu’il mena une existence digne d’un « conte de fées, riche et heureuse », ce roman graphique aborde de manière plus contrastée la vie et l’œuvre d’un conteur d’exception, personnage attachant et rêveur mais marginal et solitaire. En effet, si ses contes ont su charmer des générations entières d’enfants, ce grand mélancolique, pour qui l’imagination fut à la fois voyage et refuge, ne put jamais vraiment trouver sa place dans la bonne société danoise.

Ce sont donc bien les zones d’ombre du conteur qui sont dépeintes ici, aussi bien sa fragilité psychologique qu’une partie de son œuvre, romans, poèmes et pièces de théâtre à foison, méconnue du grand public. Les différentes étapes de sa vie défilent tels de petits contes enchanteurs, habillés de frises colorées, des personnages de papier dont il était friand et de riches enluminures qui font de ce livre un très bel objet graphique.
Pourquoi hésiter ? Suivez les pas du petit soldat de plomb et écoutez le chant de la fée : nul n’est jamais trop vieux pour se replonger dans la poésie et l’univers merveilleux et mélancolique d’Andersen !
Vv

Nous avons fait de notre mieux (Thi Bui)

note: 4Une biographie familiale poignante et poétique Les bibliothécaires - 6 octobre 2018

Thi Bui a trois ans lorsqu’elle arrive en Californie avec ses parents et ses frère et sœurs et n’a que peu de souvenirs de sa vie « d’avant ». Nous sommes en 1978 : après plusieurs années de misère, la famille Bui monte à bord d’une embarcation de fortune et quitte le Vietnam récemment réunifié pour échouer dans les camps de réfugiés de Malaisie, avant d’arriver aux États-Unis. Thi fait partie de cette première génération de boat people qui a grandi en Occident et qui constate la difficulté pour les anciens de concilier mode de vie à l’américaine et tradition ancestrale.
Mais ce n’est qu’une fois adulte que Thi entreprend de redécouvrir son histoire familiale afin de mieux comprendre ses parents, ce qui les a fait tels qu’ils sont et le silence qu’ils tirent sur plusieurs décennies de guerre : elle retracera ainsi leur enfance, sous l’Indochine encore française, et leur jeunesse marquée par l’instabilité politique et les premières guérillas jusqu’à la scission de leur pays natal sous l’égide des blocs occidental et soviétique.

Thi Bui livre la biographie à la fois poétique et poignante d’une famille en exil, confrontée au racisme et au déclassement mais qui à force de travail, est parvenue à se hisser parmi la middle class. Le traumatisme de l’exode et ses sacrifices font partie intégrante d’une histoire familiale dont hérite l’auteur, préoccupée par la constitution de sa propre identité, et de celle qu’elle laissera à ses propres enfants.
Vv

Ring (Hideo Nakata)

note: 4Spectre en vue Les bibliothécaires - 2 octobre 2018

Ring est un film d’horreur d’Hideo Nakata sorti en 1998 et considéré comme l’un des films les plus terrifiants de ces 20 dernières années. Nous sommes au Japon et une terrible rumeur circule parmi les lycéens japonais : des personnes meurent dans les sept jours suivant le visionnage d’une cassette vidéo. Tomoko, une lycéenne, trouve la mort chez elle dans d'étranges circonstances. Sa meilleure amie, unique témoin de la scène, est dès lors tenue pour folle, depuis qu’elle la retrouvée morte dans un placard, le visage foudroyé par la frayeur. Les amis de cette jeune fille qui avaient également regardé la cassette meurent les uns après les autres. Reiko Asakawa, journaliste à Tokyo, et tante de Tomoko, décide d’enquêter sur la mort de sa nièce après avoir entendu parler de cette cassette. Ses investigations la conduisent dans une auberge de montagne où elle entreprend de visionner, seule, la vidéo.
Ici, le tour de force du réalisateur est de faire monter l’angoisse, en suggérant plus qu’en montrant, comme dans un Carpenter, un Tourneur ou encore un Hitchcock, mais à la façon teenage wasabi : des adolescentes fraîches et puériles sont vouées à mourir d’horreur. Plus l’intrigue avance, plus le spectateur est immergé au point de croire que ce mal répugnant sortant d’un anneau symbolisant un puits, pourrait surgir de l’écran. Nul besoin d’effets spéciaux ou d’hémoglobine pour être terrifié puisque le cinéaste ne montre pas ce qui tue, la chose létale peut donc être partout, tapie dans chaque endroit du quotidien, voire même dans votre écran de télévision.
A regarder sans attendre, tapis sous la couette, et en l’absence des enfants évidemment.

Les gardiennes (Xavier Beauvois)

note: 4Les femmes de l'arrière. Les bibliothécaires - 2 octobre 2018

Les gardiennes est un film du réalisateur Xavier Beauvois sorti en 2017, drame adapté du roman d'Ernest Pérochon paru en 1924.
L’intrigue se déroule pendant la première guerre mondiale, dans la ferme d’Hortense, interprétée par Nathalie Baye. En l’absence des hommes partis combattre pour une guerre soi-disant éclair, les femmes sont les seules à travailler et à maintenir l’effort de guerre. Pour aider sa fille à la ferme, Hortense décide de contacter l’assistance publique, qui lui envoie Francine, une jeune femme courageuse, ne rechignant pas au travail. Cette vie de labeur est rythmée par les permissions des hommes, qui tentent de retrouver un semblant de vie, auprès de leur mère, de leur femme ou bien leur fille. Georges, le fils benjamin, arrive à se rapprocher de Francine par des échanges épistolaires, puis physiquement. De cet amour naîtra un enfant qui conduira Francine à sa perte.
Le film est un hommage vibrant à toutes ces femmes qui ont été les gardiennes du logis de la famille et de l’effort de guerre d’une manière plus générale ; elles ont contribué au modernisme de l’économie par le biais des innovations apportées par les Alliés et par les inventions liées à la guerre. Beauvois met ces héroïnes en avant grâce à une magnifique photographie qui nous plonge dans une France profonde rurale, où le travail est le seul maître mot, et prend le temps de développer sa trame narrative, bien appuyée par un casting de choix, avec entre autres Nathalie Baye et Laura Smet qui se retrouvent à jouer leur rôle de mère et fille à l’écran. Et enfin, la belle découverte d’une jeune actrice, Iris Bry, qui à elle seule symbolise la future émancipation des femmes… Un véritable voyage au cœur d’une Histoire qui nous paraît si éloignée. R.V.

Une vie ailleurs (Olivier Peyon)

note: 4Histoires de mère(s) Les bibliothécaires - 2 octobre 2018

Accompagnée d’un assistant social, Sylvie part en Uruguay pour reprendre son fils, enlevé quatre mois plus tôt par son ex conjoint uruguayen. Malgré le décès du père, le jeune garçon continue de vivre avec sa tante et sa grand-mère. Leur plan initial ne va pas se révéler si simple que ça.
Le film est intéressant car il se place du point de vue de Medhi, à la fois témoin du désespoir d’une mère, et également du bonheur de cet enfant dans sa famille paternelle. Chargé de localiser et ramener l’enfant, Medhi va progressivement s’immiscer dans le quotidien du jeune garçon, se lier d’amitié avec lui et se rapprocher des deux femmes dévouées qui entourent d’amour cet enfant et tentent de pallier au vide de la mère disparue. Dès lors, son engagement auprès de Sylvie vacille.

L’enjeu principal du film reste la question centrale de la parentalité. Quels sont les droits de Sylvie sur cet enfant qui ignore son existence ? Faut-il privilégier son bonheur personnel au détriment de l’équilibre de son enfant, quitte à le perdre définitivement? Toutes ces interrogations sont soulevées de manière sensible et non manichéenne. C.G.

Les fleurs du mal n° Tome 1 (Shûzô Oshimi)

note: 5Mauvaises graines Les bibliothécaires - 21 septembre 2018

Amateurs de jolies rimes et d’alexandrins élégants et sophistiqués, veuillez passer votre chemin! Ne vous laissez pas abuser par le titre : nous parlons ici d’un manga paru en 2017 (pour la version française) qui n’a rien de poétique à priori. Oh non, ici on est plutôt dans le dur et le moche, Ces fleurs du mal ne sont pas là pour faire sourire et voir la vie en rose, mais pour faire grincer des dents et curieusement, c’est plaisant.
L’histoire prend place dans une ville de province banale, dans un collège banal. Le protagoniste, Takao, est un élève moyen et timide (en bref : banal) qui se sent à l’étroit dans son quotidien monotone. Pour y échapper, il se réfugie dans la lecture, tombe sous le charme du recueil Les fleurs du mal de Baudelaire, et l’ouvrage va vite devenir sa bouée de sauvetage, le moyen de se démarquer dans ce monde de grisaille où la normalité est de mise, où tout et tout le monde se ressemble.
Comme beaucoup d’adolescents de son école, il s’émerveille devant la belle Nanako (l’idole de sa classe voire même du collège). Se contentant d’ordinaire à l’observer de loin, il est un jour pris d’un coup de folie et dérobe les vêtements de sport de la demoiselle. Paniqué, il s’enfuit avec le fruit de son larcin. Manque de chance, Sawa, l’élément perturbateur du récit ET de la classe, le surprend et décide de le faire chanter, l’obligeant ainsi à effectuer les actes les plus fous et dégradants sous peine de se faire dénoncer.
Ce manga choque, brise les tabous. Il dépeint la déviance non pas comme un vice mais plutôt comme une bouffée d’oxygène, une espèce de libération.
Attention tout de même : ce manga s’adresse à un public adulte ET averti. Th. V.

Panthère (Brecht Evens)

note: 5"Un livre pour adulte qui se déguise en livre pour enfant" (B. Evens) Les bibliothécaires - 12 septembre 2018

On croirait ouvrir un album de conte pour enfant, avec les mille couleurs qui se déploient sur la couverture, mais quelque chose dans l’expression effacée de la fillette et celle, troublante, de la panthère, nous refroidit immédiatement.
Et on aura bien raison car tout de Panthère esquisse une progression du rêve merveilleux vers le cauchemar le plus glaçant. L’histoire s’ouvre sur le deuil que fait Christine, six ans, de la disparition de son chat. Son père l’élève seul depuis que sa mère a claqué la porte du foyer en menaçant de se suicider.

Dans son quotidien morne et solitaire, la fillette voit avec émerveillement surgir du dernier tiroir de sa commode– comme un diable de sa boîte – l’époustouflant et charismatique Panthère, prince de contes de fées haut en couleurs, héritier du royaume de Panthésia, beau parleur aux milles aventures et aux mille visages.

Si sa présence tient à première vue du merveilleux et a vite fait de réintroduire un peu de magie dans la vie de Christine, Panthère révèle rapidement au lecteur perplexe toute l’ambiguïté de son personnage. Tantôt confident rassurant, tantôt ami troublant, ses multiples masques en font un caméléon manipulateur et inquiétant que les couleurs, vives et éclatantes, ne rendent que plus attirant aux yeux de Christine.
Entre jeux d’ombres qui créent le malaise et parties de twister suggestives, l’ami dévoué de la petite fille change constamment de visage et de personnalité et se voudrait exclusif, l’isolant du reste du monde – et même de ses jouets favoris qui tentent, en vain, de la prévenir. Et le doute de s’emparer du lecteur qui s’interroge : réalité sinistre ou sombre sublimation d’un traumatisme ?
La relation presque fusionnelle du prédateur et de l’enfant est angoissante et atteint son sommet à la venue des amis de Panthère, nettement plus menaçants et qui, dénués de son charisme, ont bien du mal à dissimuler leurs véritables intentions…

Les couleurs chatoyantes utilisées par Brecht Evens et la féérie première instaurée par la venue de Panthère renvoient inévitablement cet album vers le livre pour enfant, ce qui ne fait qu’accentuer la sinistre réalité d’un huis-clos perturbant dont le lecteur est le spectateur muet. Les expressions changeantes de la panthère et les kaléidoscopes saturés de couleurs et de détails, vertigineux et chaotiques, entretiennent le sentiment de malaise tout au long des pages jusqu’à l’horreur la plus complète.
Une lecture glaçante.
Vv

Migrant (Eoin Colfer)

note: 3Pour une vie meilleure Les bibliothécaires - 11 septembre 2018

Migrant s’ouvre sur deux jeunes frères perdus en pleine Méditerranée, serrés avec quatorze autres migrants dans un minuscule bateau gonflable qui prend l’eau. Scénarisé par Eoin Colfer et Andrew Donkin, ce roman graphique suit le périple vers l’Europe d’un jeune orphelin ghanéen, Ebo. Depuis que leur sœur aînée a décidé de traverser la mer pour rejoindre l’Italie, Ebo et son grand frère Kwame attendent de ses nouvelles dans leur village natal. Mais lorsque Kwame part également sans prévenir, Ebo se lancera dans un long voyage dans l’espoir de retrouver sa famille.

Le récit revient ainsi sur tous les dangers et difficultés auxquels sont confrontés les migrants, bien avant la traversée de la Méditerranée sur des embarcations de fortune : sur le temps passé à accumuler les travaux ingrats et à économiser pour partir, sur la violence et la cupidité de passeurs parfois sans scrupules, en passant par les dangers de la traversée du désert en camion… Autant de périls qui constituent le quotidien de ces personnes à la recherche d’une vie meilleure.

Si les couleurs, douces et parfois même lumineuses, semblent peu se prêter à un sujet aussi grave, elles permettent de soutenir une narration menée sans aucun pathos, à l’image du personnage principal qui fait preuve d’un optimisme à toute épreuve.
Vv

Jeune femme (Léonor Serraille)

note: 5Jeune et Folie Les bibliothécaires - 1 septembre 2018

Un chat sous le bras, des portes closes, rien dans les poches Paul est de retour à Paris après une longue absence…Le film s’ouvre sur une scène frontale où Paula s’impose violemment à la caméra, dans ce délire verbal se mêle colère et désespoir suite à une rupture amoureuse. Dès lors, la caméra ne lâchera plus son personnage central. Elle dessine un portrait mouvant de cette jeune femme, spontanée, fantasque et sensible, toujours sur la brèche mais en perpétuelle révolution. Ainsi, elle tente de se faire passer pour ce qu’elle n’est pas, endosse diverses identités afin de correspondre à ce que la société attend d’elle. Cette adaptabilité lui donne la force et une indépendance nouvelle. Dans cette quête, les personnages secondaires participent de cette construction.
C’est une tragi-comédie touchante dans laquelle on assiste à la mue de cette jeune femme passant d’un être incontrôlable voire animal pour atteindre un être solide et libre. C.G.

Orquesta Akokan (Orquesta Akokan)

note: 4Viva Mambo Les bibliothécaires - 1 septembre 2018

Fidèles pourvoyeurs d’artistes et de sons Soul vintage, l’exigeant label Daptone, une fois n’est pas coutume, se lance dans la production d’un album de musique cubaine. Enregistré dans les mythiques studios Areito de la Havane, cet opus de compositions originales réunit un casting 5 étoiles issu des meilleurs formations cubaines actuelles. Cet orchestre multigénérationnel d’exilés cubains, d’Havanais ou d’américains restitue à la perfection l’ambiance fiévreuse des dancings des années 50 de la Havane. C.G.

Radyo siwèl (Melissa Laveaux)

note: 5Back to the roots Les bibliothécaires - 1 septembre 2018

Canadienne d’origine haïtienne, Mélissa Laveaux est allée puiser dans le répertoire du folklore haïtien, principalement des chansons de l’occupation américaine d’Haïti de 1915 à 1934 remises au goût du jour. Renouer avec ses racines, c’est d’abord renouer avec une langue. Après deux albums qui mélangeaient anglais et français, toutes les chansons de ce disque sont quasiment intégralement interprétées en créole. Ces 12 titres mêlant chansons, comptines et airs vaudous rendent bien sûr hommage à la culture de ses ancêtres tout en mélangeant ses influences folk, blues, trip hop, calypso ou merengue.
Radyo Siwèl n’est pas seulement une célébration de la culture haïtienne mais également un moyen nécessaire d’éveiller les consciences. En raison des controverses générées par la présidence de Trump qui a récemment qualifié les pays africains mais aussi haïtiens et autres de « pays de merde », ce troisième opus, selon son auteure, « c’est un épisode de l’histoire d’Haïti, c’est de la chanson haïtienne, mais le thème de l’envahisseur est universel ».
Énorme coup de cœur pour cette artiste que la médiathèque George Sand a reçu dans le cadre d’une rencontre musicale en 2014. C.G.

Madame (Amanda Sthers)

note: 3La vie domestique Les bibliothécaires - 1 septembre 2018

Dans Madame on suit une riche famille issue de l’aristocratie anglaise et vivant à Paris. Anne et Bob organisent un dîner mondain afin de favoriser l’authentification d’un Caravage. Cependant, l’arrivée inopinée du fils ainé de Bob porte le plan de table à treize convives, une fausse note que Madame (Toni Colette) corrige en ajoutant Maria (Rossy de Palma), la bonne, au nombre des invités. S’ensuit un quiproquo sur la véritable identité de Maria.
Pour son deuxième long-métrage, la romancière et réalisatrice Amanda Sthers propose une comédie romantique dont la thématique de l’amour entre la pauvre bonne et le riche aristocrate est vue et revue, mais dont la finalité, critique de notre système occidental de castes, est inattendue. Acerbe, la réalisatrice n'hésite pas à égratigner cette petite bourgeoisie des temps modernes, sans pour autant se montrer cruelle.
Rossy de Palma remplit à merveille son rôle de femme du peuple pétrie d'espoirs malgré ses doutes et ses peurs. Cette émancipation du personnage se retrouve dans la fin ouverte du film qui montre justement qu’on peut sortir des carcans sociaux qui empêchent de voir la vérité au-delà des apparences. R.V

Makala (Emmanuel Gras)

note: 3Sur des charbons ardents Les bibliothécaires - 1 septembre 2018

Makala qui signifie charbon en swahili est un documentaire-fiction d’Emmanuel Gras. L’intrigue se déroule dans la région du Katanga en République démocratique du Congo. Kabwita, un jeune villageois, essaye d’offrir un avenir meilleur à sa femme Lydie et à ses enfants. Il décide d’agrandir sa maison mais pour cela, il lui faut acheter des tôles qu’il pourra financer par la vente de son charbon. Durant la première partie du film, on suit Kabwita dans son travail ; on le voit abattre un arbre immense à coups de hachette, réunir les bûches en un monticule recouvert de terre et brûler le bois pour en récupérer le charbon. La deuxième partie du récit se concentre sur l’acheminement périlleux du charbon vers la ville à l’aide d’un vélo de fortune. Emmanuel Gras s’attache à montrer le quotidien de Kabwita, sans fioriture. L’image est un instantané traduisant la réalité.
A chaque instant, on sent le cinéaste se questionner : comment filmer Kabwita sans l’humilier ? Son point de vue crée involontairement une fictionnalisation du protagoniste qui, faisant preuve d'une telle persévérance, devient un héros malgré lui. L'esthétisation à outrance et l'écriture de certaines séquences participent également à cette fictionnalisation. Emmanuel Gras n'a pas voulu de voix off ou de commentaires. Le montage dynamise une mise en scène contemplative, pleine de pudeur. Tout ceci afin de pousser le spectateur à réfléchir sur la condition humaine. R.V.

On la trouvait plutôt jolie (Michel Bussi)

note: 2Décevant Sabrina - 15 août 2018

Décevant pour un Bussi. En plus moralisateur. J’espère que le prochain sera meilleur.

Aleph (Gesaffelstein)

note: 4Back to Black Les bibliothécaires - 10 août 2018

Attention pour âme sensible à l’électro made in France.
À l’instar des cadences de la Machine trouvez ici leurs échos, la beauté du rêve en prime.

Une musique qui vous chauffe dans la noirceur et vous subjugue.

Je kiffe GESAFFELSTEIN « Aleph » !

Les nouvelles aventures du fäkir au pays d'Ikea (Romain Puértolas)

note: 5Embarquez pour un voyage insensé ! Bonne humeur et rires garantis ! Les bibliothécaires - 17 juillet 2018

Dans ce deuxième opus, notre fakir n'a désormais plus rien à voir avec l'Indien qui multipliait les galères en arrivant en France. Aujourd'hui, il vit dans un grand appartement parisien avec son épouse Marie Rivière.
Grâce aux énormes ventes du livre qui relatait ses pérégrinations, il s'est quelque peu embourgeoisé et a perdu toute authenticité, se complaisant dans le matérialisme.
Ajatashatru a perdu son inspiration. Il n’arrive pas à écrire son deuxième roman.
Un malheur n’arrivant jamais seul, le lit à 15000 clous, « Kisitrotsipik », disparaît du dernier catalogue Ikea. Le géant suédois des meubles en kit ayant en effet dû interrompre sa fabrication suite à diverses plaintes.
C'est ainsi qu' « Aja » part en Suède pour se retrouver, une sorte de pèlerinage, et pour rencontrer monsieur Ikea afin de lui demander de lui fabriquer un dernier modèle de lit à clous.
En parallèle à ce nouveau voyage, il sera également question de la jeunesse d'Aja, et plus précisément de la façon dont il est devenu fakir grâce à son maître Baba Orhom.
L’alternance des chapitres entre l’expédition en Suède et le retour sur le passé sombre auprès de son maître peut toutefois perturber le lecteur au début. Mais vous l'aurez compris, ce deuxième opus, c'est du grand n'importe quoi.
L'humour provoqué le plus souvent par le mélange des cultures françaises, suédoises et indiennes porte quand même ses fruits, même si l'histoire est totalement (et volontairement) rocambolesque et pleine d'improbables coïncidences.
Certes, si vous êtes un lecteur particulièrement exigeant, il vaut mieux s'abstenir mais si vous souhaitez juste passer un bon moment avec un roman facile à lire, rempli de péripéties loufoques, alors ces nouvelles pérégrinations vous satisferont. Il faut aimer l'humour délirant, la blague à deux balles comme les jeux de mots caustiques. Bonne humeur et rires garantis ! F.B.

Guerres (Timothy Findlery)

note: 5un roman atypique et poignant sur la « Der des Der » Les bibliothécaires - 17 juillet 2018

Présenté par l'éditeur comme une interrogation sur le sens de notre humanité, plutôt que comme un livre de guerre, ce troisième roman de l’écrivain canadien anglais Timothy Findley est tout à fait remarquable.
T. Findley nous conte, comme s'il l'avait lui-même vécue, l'histoire de Robert Ross, jeune canadien enrôlé dans la Première Guerre mondiale, une guerre absurde et meurtrière dans laquelle il est chargé de responsabilités auxquelles il n'était pas préparé. Lui, comme beaucoup d'autres, s'y est impliqué avec l’intime conviction que cette guerre devait mettre fin à toutes les autres.
Même lors des moments terribles, l’auteur ne s'attarde pas aux atrocités, ne décrit pas l'horreur mais plutôt la façon dont elle est vécue par les soldats.
Ce qui en fait un livre fort réside également dans la narration qui se développe sous forme de petits tableaux (le contexte familial autour de Robert Ross, la préparation militaire, la traversée de l’Atlantique…).
C’est grâce à l’exploitation d’un ensemble d'entretiens, d'extraits de journal intime, que T. Findley arrive à créer des images à partir de la mise en valeur de petits détails qui progressivement pourraient presque s’animer pour nourrir un film dans nos têtes…
La fin du roman est écrite avec beaucoup de style, assez dramatique mais avec un rythme enlevé.
Au final, ce livre, tellement atypique, ne se raconte pas ! Il se lit !

Sirius (Stéphane Servant)

note: 3Le grand voyage Les bibliothécaires - 17 juillet 2018

Ce roman s’adresse à ceux et celles qui souhaitent voyager sans sortir de chez eux. Les deux protagonistes vivent à l’écart de tout problème jusqu’au jour où ils se retrouvent contraints de prendre la route, traversant les vestiges de notre civilisation et confrontés à la folie et à la sauvagerie qui se sont emparées des habitants du « nouveau » monde.
Agréable à lire, les pages défilent et la fin arrive avant même que l’on s’en rendre compte… Les personnages y sont PRESQUE tous plaisants : sauf Kid, horripilant, avec qui vous n’avez pas fini de vous arracher les cheveux !
Pour peu que vous ne soyez pas malade en voiture, ce livre est le moyen idéal de passer le temps dans les embouteillages, avant d’atteindre les bords de plages. T.V.

The shadow hero (Gene Yang)

note: 3Tu seras un super-héros, mon fils Les bibliothécaires - 6 juillet 2018

Pour Hua, jeune immigrante chinoise dans les années 1920, le rêve américain a un goût amer : parquée dans le Chinatown d’une petite ville côtière des États-Unis, elle épouse un épicier local – Chinois lui aussi – à la réussite modeste. Elle mène une vie paisible (comprenez monotone) entre le commerce tenu par son mari et son fils adolescent et les maisons des quartiers nantis où elle passe chaque jour faire le ménage.
Jusqu’au jour où, témoin d’un hold-up, Hua est prise comme otage par un des braqueurs. C’est sans compter sur l’aide et l’efficacité de l’Ancre de la Justice, le super-héros local. Dès lors, pour la petite mère de famille, l’avenir est tout tracé : si elle n’est allée que de déception en résignation, son fils Hank, lui, deviendra un super-héros, elle y tient. Quitte à lui coudre elle-même son costume, l’aider à acquérir des super-pouvoirs ou l’emmener en voiture jusque sur les lieux du crime…

Ainsi deux jeunes auteurs font revivre un super-héros des années 40, dont les aventures (inachevées) et le visage (jamais dévoilé) sont tombés dans l’oubli. Et pour cause, en plein âge d’or des comics de super-héros – et en pleine Seconde Guerre mondiale – la Tortue Verte n’a pas su se démarquer de ses collègues surhumains défendant les États-Unis à grands renforts de liberté et de patriotisme. Elle protégeait cependant la Chine, alliée des Américains, contre les assauts de l’Empire japonais. Gene Luen Yang et Sonny Liew proposent un hommage moderne et hilarant au genre tout en soulevant la question de l’identité et de l’intégration de la communauté sino-américaine aux États-Unis.
Vv