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La femme de mon frère (Monia Chokri)

note: 3La jalousie est un vilain défaut Les bibliothécaires - 7 mai 2020

La femme de mon frère est le premier long métrage de l’actrice et désormais réalisatrice québécoise Monia Chokri. Le film met en scène Sophia, une trentenaire dépressive interprétée par l’impeccable Anne-Elisabeth Bossé. Celle-ci vit une véritable crise d’adulescence alors que son frère Karim finit par trouver l'amour en la personne d'Eloïse. La fin de la relation fusionnelle frère-sœur rend Sophia profondément jalouse. Cette comédie dramatique oscille entre gravité et légèreté. Le style de Chokri est très inspiré de celui de son compatriote Xavier Dolan avec qui elle a travaillé dans Les Amours Imaginaires et Laurence Anyways. On y retrouve des plans saccadés, à priori incongrus au cadrage presque photographique, une bande son variée et judicieusement choisie, mais cette recherche esthétique s’impose au détriment du fond. L’ensemble s’enlise alors dans une certaine longueur propre aux premières réalisations.
La force du film réside dans cette galerie de portraits drôles et excentriques : le père en réfugié communiste et la mère en débridée sexuelle, un couple qui n'a jamais été aussi amoureux l'un de l'autre que depuis leur divorce. Sophia en doctorante qui chôme, installée chez son frère, et ce dernier en psychologue grand donneur de leçons, mais qui n'hésite pas à contredire ses principes quand ça l'arrange. La complicité créée entre les deux personnages principaux est l’atout principal de ce long-métrage. On aime ou on n’aime pas l’humour décalé de nos cousins canadiens, mais force est de constater que le film trouve un intérêt conjoncturel certain dans ce besoin impérieux de sécurité affective.

Happa no ko (Karin Serres)

note: 5Bienvenue à Gattaca! Les bibliothécaires - 4 mai 2020

Bienvenue dans le futur, voici quelques points à savoir :
-il n'y a plus qu'un seul et même État, divisé selon les frontières des anciens pays eux-mêmes répartis en secteurs, une seule ville, une seule langue.
-Les termes de métiers ou professions appartiennent aux langues anciennes. Aujourd'hui tout est effectué par des machines.
-Chaque citoyen possède un bracelet connecté à l'école, la résidence, le service de restauration à domicile. Les humains n'ont plus qu'à jouer, dans des salles d'arcade, à la maison, ou pratiquer du sport.
L'énergie dépensée est accumulée dans le bracelet qui nourrit via une borne de transfert l'alimentation générale en courant électrique.
Certains pourraient trouver cela chouette, (Oui oui, on voit bien les geeks se réjouir! ) mais c'est parce qu'ils ne savent pas encore que la nature a disparu !
On est face à un récit initiatique, bien écrit et qui sonne juste. Le monde peint par l'auteur fait froid dans le dos tout en restant pertinent, et on ne peut pas s’empêcher de s'interroger sur la place de la robotique et des machines dans l'humanité.

Deux moi (Cédric Klapisch)

note: 4Je suis une bulle.... Les bibliothécaires - 28 avril 2020

Cédric Klapisch dans son nouveau film Deux moi aborde des thématiques qui lui sont chères comme la solitude ou le passage à la vie adulte. On suit deux trentenaires, Rémy et Mélanie, dans la ville dévorante qu’est Paris. Klapisch sort du cadre champêtre de son précédent film Ce qui nous lie pour celui de l’ultra citadin, et fidèle à ses deux acteurs principaux, Ana Girardot en chercheuse en immunologie cancéreuse et François Civil en conseiller clientèle. L’interprétation est solide, lui en montagnard maladroit, elle en Parisienne monotone presque effacée. Tous deux traversent un épisode dépressif ; elle n’arrive pas à se remettre de sa rupture amoureuse et lui refoule des blessures passées provoquant des insomnies. Le réalisateur dresse deux portraits en miroir : deux âmes sœurs qui ne se rencontrent jamais. On a à faire aux maux d’une génération : la solitude, le stress quotidien et le désenchantement amoureux. C’est pour cette raison que Rémy et Mélanie décident d’entamer une psychothérapie afin de surpasser un mal-être qui entrave bonheur possible et confiance en soi. Mélanie sera suivie par Camille Cottin, et Rémy, par François Berléand, qui deviendront peu à peu leurs confidents et les instigateurs secrets de leur potentielle rencontre. Les deux psychothérapeutes vont faire remonter à la surface des traumatismes qui verrouillaient la possibilité d’épanouissement des deux personnages, délivrant des vérités qui tiennent plus des clichés que de la réalité telles que "les réseaux sociaux ont tué les relations sociales", "il faut faire confiance à la vie" ou bien l'idée qu'il faille préférer les « vraies relations ». On pardonnera cependant au réalisateur qui offre ici un magnifique conte de ville dont la vie fourmillante vitamine nos esprits confinés. R.V.

La planète des singes n° 1
Terreur sur la planète des singes (Doug Moench)

note: 5Une lecture incontournable pour les fans de La Planète des Singes ! Les bibliothécaires - 27 avril 2020

En 1974, face au succès des 5 adaptations au cinéma, entre 1968 et 1973, du roman "La Planète des Singes", l'oeuvre de Pierre Boulle change de dimension pour entrer dans l'éternité.

La Planète des Singes devient un mythe universel. Devant ce phénomène, commande est passée afin de proposer aux amateurs de comics, les films réadaptés en bande dessinée. Doug Moench est alors choisi pour assurer le travail et va s'entourer de très bons dessinateurs noir et blanc pour produire, dans un tome 1 intitulé "Terror on the Planet of the Apes" (Terreur sur la Planète des Singes), toute une nouvelle saga, indépendante de l'histoire principale bien connue (qui arrivera dans le Tome 2 et suivants).

Avec ce Tome 1, nous sommes immédiatement transportés en l'an 2070, sur des terres apocalyptiques où singes, gorilles et humains cohabitent sous l'égide du Donneur de Lois, orang-outan respecté qui fait office de guide suprême et prêche la tolérance et la cohabitation grâce à des idéaux pacifistes et progressistes.

Cependant, le gorille Brutus, Ministre de la Paix, attise la haine, d'abord, de manière clandestine puis à visage découvert en propageant des idées radicalement racistes envers les humains. Ses hommes de main, cagoulés façon Ku Klux Klan, vont terroriser la population humaine et assassiner, sous ses yeux, les parents du jeune Jason, anti-héros de cette longue saga rocambolesque et violente. De plus, dans une parodie de justice, Jason est accusé du meurtre de la femme de Brutus qui l'avait démasqué et que Brutus a lui-même tuée pour éviter d'être dénoncé aux autorités.

Jason, en cavale, n'a alors d'autre choix que de retrouver, avec ses amis humains et singes, le Donneur de Lois, parti pour une mystérieuse quête dans la Zone Interdite, et de le ramener à la Cité avant que Brutus ne réalise son coup d'Etat.

Durant cette aventure, on fera connaissance avec une multitude de personnages hauts en couleur dont le chimpanzé Alex, ami d'enfance de Jason; Malaguena, belle gitane humaine; Julius Gunpowder, un Davy Crockett simiesque, chef d'un village de trappeurs; le Luminurgiste, étonnant voyageur à la roulotte, collectionneur d'objets issus de la civilisation d'avant l'apocalypse; l'équipage du Simian…

Ainsi, dans ce 1er tome, Jason poursuit Brutus (le meurtrier de ses parents) et Brutus poursuit Jason... qui devra déjouer les plans totalitaires de Brutus, mais aussi les pièges de diverses créatures rencontrées durant son périple comme les Héritiers de la planète, les démons singes ailés, les cyborgs mutants, les gorilles vikings ou les gorilloïdes.

La découverte des Rocheuses et la montagne sacrée du psychédrome seront également des moments intenses, certainement les passages les plus psychédéliques de l'histoire.

Au final, ce livre-objet est autant somptueux que copieux avec ses 372 pages et 19 épisodes tissés sur un scénario composé d'une multitude de rebondissements! Indispensable, quoiqu'il en soit, pour les spécialistes et les nostalgiques de La Planète des Singes et/ou pour les curieux.FD


Semiosis (Sue Burke)

note: 4Vers l'infini et au-delà ! Loin des … virus… Les bibliothécaires - 6 avril 2020

Titre du premier chapitre : An 1. Nous sommes un an après l’arrivée sur HIP 30815F, appelé aujourd’hui Pax, une colonie humaine d'une cinquantaine d’individus ayant fui la terre. Après 158 ans d'hibernation dans un minuscule vaisseau spatial et un crash à l'atterrissage, la communauté se réduit rapidement à une trentaine d'individus ; botaniste, météorologiste, médecins… Tous se sont préparés à s'établir sur ce nouveau monde. Une société se met en place, des codes à établir, des tâches à se répartir, on pense même à créer un calendrier. Mais la petite communauté sera confrontée à des tensions et des drames provoqués par la volonté de jeunes téméraires de poursuivre l'exploration.
C’est avec la précision d'un démiurge que Sue Burke décrit la faune, la flore, les paysages de cette planète dans lesquels elle entraîne ses personnages. Nous allons suivre cette communauté à travers le temps et de génération en génération jusqu'à celle qui fera LA rencontre … Les hommes ne sont pas seuls sur Pax… Un récit de science fiction original par sa construction et d'une grande richesse dans les thèmes abordés, écologie, responsabilité politique, neurobiologie des plantes, rapport à l'autre…
Y.G.

Délivrances (Toni Morrison)

note: 5Puissance narrative et acuité du regard Les bibliothécaires - 6 avril 2020


Ce roman simple et complexe à la fois, à l'écriture épurée, est une excellente introduction à l'oeuvre de Toni Morisson, femme exceptionnelle, prix Nobel de littérature en 1993.
Lula Ann est née trop noire, ses parents des mulâtres au teint clair ne comprennent pas. Le père quitte la maison, la mère l'élève sans cacher son dégoût. L'histoire le prouvera, Lula Ann est prête à tout pour que cette mère si froide et indifférente lui donne de l'affection et lui prenne la main en public.
Mal aimée, elle signe même un faux témoignage envoyant une institutrice blanche en prison pour pédophilie.
La fillette grandit seule, se forge une personnalité factice, portant en elle le secret de ce mensonge lourd de conséquences.
Devenue adulte, la chenille se transforme en papillon et Lula Ann devient Bride, à la beauté éblouissante, fière de sa peau tellement noire qu'elle la met en valeur en ne s'habillant qu'en blanc.
Magnifique et épanouie, elle entame une brillante carrière dans le secteur des cosmétiques et élabore sa propre ligne de produits. Mais un jour son fiancé la quitte.
Comment parvient-on à se libérer des traumatismes de l'enfance ? Comment vivre avec la culpabilité d'être? Comment vivre en étant noire, même la plus belle ? Comment survivre avec le mensonge, dans le mensonge? Comment aimer sans rejeter ni juger ?

En partant à la recherche de son fiancé, Lula Ann va entreprendre un voyage au fond d'elle-même. Cette chute lui permettra de se libérer de tout ce qui l'emprisonne.
Délivrance de la naissance, délivrance de l'enfance martyre, délivrance du mensonge, délivrance pour une re-naissance. « Délivrances » c'est aussi l'histoire de la création d'un couple vrai.
Toni Morrison écrit sur l'Amérique d'aujourd'hui, mais c'est avec la structure du conte qu'elle nous parle d'exclusion, de racisme, de haine, d'enfance brisée ou de mensonge.

Un roman grave, lumineux et réaliste.
Belle lecture !
F.P.

Et je danse, aussi (Anne-Laure Bondoux)

note: 4A la recherche du bonheur Les bibliothécaires - 6 avril 2020

En cette période de confinement, qui n’éprouve pas l’envie d’écrire, d’échanger avec sa famille, ses amis, ses collègues, voire même des inconnus ? Dialoguer est essentiel, une fonction vitale motivée par divers besoins : la curiosité, l’amour, la solitude, la tristesse… Tous ces sentiments humains qui prouvent que nous sommes bien vivants. Et je danse, aussi en est le témoignage. Ce récit épistolaire publié en 2016 est l’œuvre de deux auteurs, Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat. On y rencontre un écrivain lauréat du prix Goncourt, Pierre-Marie Sotto, en manque d’inspiration et habitué à ne jamais répondre aux courriers de ses admirateurs. Mais un jour, il reçoit une mystérieuse enveloppe accompagnée d’une photo dont l’expéditrice est une certaine Adeline Parmelan. Cette dernière lui demande de ne pas ouvrir l’enveloppe, et cette injonction pique la curiosité de l’auteur. S’engage alors une conversation quotidienne en ligne de deux personnages qui à priori n’ont rien en commun, si ce n’est leur grande solitude. Un lien mystérieux les unie cependant, dévoilé au fil du récit, déployant une histoire touchante, et une large réflexion autour de divers thèmes comme l’acte d’écriture, l’amitié, le couple, les enfants, l’amour, le deuil, la désillusion et l’amour à nouveau.
Ce livre audio est un bel hommage à l’humain et son immuable instinct de survie.
R. V.

Les refuges (Jérôme Loubry)

note: 4Ne pas utiliser ce Refuge en cas de confinement. Les bibliothécaires - 1 avril 2020

Les Refuges... Est-ce ce petit village de Normandie, où Sandrine, jeune journaliste vient de prendre un poste pour oublier une vie parisienne trop ordinaire. Est-ce cette île au milieu des flots où sa grand-mère qu’elle ne connait pas, vient de décéder. Est-ce cette petite communauté de personnes âgées qui vivent recluses pour affronter l'atmosphère oppressante de l’île... Est-ce ce camp de vacances qui accueillit au lendemain de la guerre des enfants et qui ferma précipitemment …
Les refuges sont surtout ceux dans lesquels nous basculons pour ignorer une réalité trop effrayante, et dont il va falloir sortir Sandrine retrouvée au bord d'une plage et couverte de sang. Avec le soutien de la psychiatre de l'hôpital, Damien l' inspecteur chargé de l’enquête, devra chercher au plus profond de lui-même pour tenter de trouver des réponses. Un polar psychologique, rythmé par le poème de Goethe, le Roi des Aulnes « Qui chevauche si tard à travers la nuit et le vent, C’est le père et son enfant ». Nous vous défions de ne pas lire ce roman à tiroirs, Prix Cognac du meilleur polar francophone 2019, d'une traite…
Y.G

Voyage à Yoshino (Naomi Kawase)

note: 3Une vision de trop Les bibliothécaires - 30 mars 2020

Voyage à Yoshino est un film de la réalisatrice japonaise Naomi Kawase de 2018. Ses films présentent deux caractéristiques récurrentes : une vision très traditionnelle et rurale du Japon (on pense alors à La forêt de Mogari), parallèlement à une peinture très poétique de ses personnages (on pense à Délices de Tokyo). Ici, elle concilie les deux à travers une quête spirituelle, explorant la nature et ses mystères, mais sans jamais vraiment y parvenir.
Le film se déroule dans la forêt de Nara, région natale de Kawase. On suit Jeanne, une écrivaine française interprétée par Juliette Binoche, venue au Japon pour trouver une plante médicinale appelée Vision qui n’éclot que tous les 997 ans. A travers ce prétexte, Jeanne cherche à renouer avec un bonheur passé, vécu vingt ans plus tôt au même endroit. Elle rencontre alors un garde-forestier nommé Tomo, incarné par Masatoshi Nagase, qui la laisse s’installer chez lui le temps de pouvoir accomplir ses recherches. Tomo marque par son mutisme.
Sa quête se transforme en voyage onirique qui peut perdre le spectateur non initié. Les enjeux narratifs réduits à peau de chagrin, limitent l’action à la rencontre de deux êtres meurtris, à la contemplation de plans dédiés à une nature sublime, à une dramaturgie sans réelle temporalité, perdus entre passé et présent.


Un film qui laisse un goût d’inachevé, dont le mérite serait celui du voyage, mais comme une belle carte postale. R. V.

Midsommar (Ari Aster)

note: 5Cauchemar au Paradis Les bibliothécaires - 30 mars 2020

Après Hérédité, Ari Aster signe avec Midsommar sa deuxième fiction horrifique. Ses deux films dédiés à la famille et au deuil, contraste cependant ici des standards du film d’horreur. En effet, l’histoire se déroule en Suède durant un lumineux été où cinq étudiants en sociologie décident d’observer le mode de vie d’une communauté païenne Hårga, au sein d’un petit village.
Dani, le personnage principal est incarné par Florence Pugh (The Young Lady). Alors qu’elle vient de perdre sa sœur et ses parents, son compagnon Christian, un homme distant et froid, lui propose de participer à ce voyage d’exploration en Suède.
Dès leur arrivée, au prétexte d’une communion mystique avec la nature, les personnages sont soumis à suivre des rites initiatiques, à consommer des psychotropes, et seront témoins d’un suicide collectif rapidement banalisé par ce paganisme déviant qui s’offre à Dani comme une réponse à son deuil difficile.
Elle s’adonne de plus en plus à cette fureur cathartique, extase mortifère, adoptée désormais au sein de sa nouvelle famille Hårga, et la nature toute entière.
Une véritable ode à l’horreur. R.V.

Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon (Jean-Paul Dubois)

note: 5Histoire d'une vie Les bibliothécaires - 28 mars 2020

Dès les premières lignes on s’attache aux personnages, et on a envie de savoir comment Paul Hansen s'est retrouvé derrière les barreaux de la prison de Bordeaux, à Montréal. Qu'est-il arrivé à ce fils de pasteur danois et d'une exploitante de cinéma à Toulouse, pour être amené à partager son quotidien et sa cellule avec un Hells qui ne rêve que d'une chose, c'est de couper en deux tout humain qui se met en travers de son chemin?

Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon est un roman abouti, dans lequel on découvre un écrivain possédant un sens aigüe de la fraternité et animé par un sentiment certain de révolte à l'égard de toutes les formes d’injustice.
Les adeptes de Jean-Paul Dubois aimeront ce roman; les autres découvriront un univers humain et touchant, des personnages pittoresques, des phrases ciselées et profondes.
Un roman désillusionné, mais humaniste et plein d’humour malgré la gravité du sujet, une belle plume, un style vitaminé !
F.P.

La clé USB (Jean-Philippe Toussaint)

note: 5Un roman trompe-l'oeil, totalement prenant Les bibliothécaires - 26 mars 2020

Dans ce roman sorti à l'occasion de la rentrée littéraire de l'automne 2019, le narrateur travaille au sein de la Direction de la Prospective Stratégique de la Commission Européenne.

Sa spécialité est le "blockchain". Il travaille sur la prospective, essaie de prévoir l'avenir, d'anticiper le futur en élaborant des scénarios. Mais un jour, il va être approché par des lobbyistes. Cet homme va alors découvrir, après leur départ de l'hôtel où ils avaient rendez-vous, une clé USB que l'un d'eux a abandonnée (de gré ou non) dans le salon.

Dans cette clé USB se trouvent des éléments qu'il va essayer de décoder.... et lentement le lecteur comprend qu'il doit aussi essayer de décoder ce livre qui cache en fait autre chose... Un éloge du père du narrateur (qui travaillait également à la Commission Européenne) mais aussi un hommage au père de J.P. Toussaint, décédé en 2013, également écrivain et auteur de romans policiers.

Finalement, on part d'un roman d'espionnage économique pour aller vers un roman plus intimiste, basé sur une transposition avec quelques passages assez drôles, voire décalés... Un roman trompe-l'oeil porté par une toujours très belle écriture et totalement prenant. F. D.

La panthère des neiges (Sylvain Tesson)

note: 5Le voyageur fait de sa destination un destin Les bibliothécaires - 25 mars 2020

Partir aux confins du Tibet observer un animal mythique alors qu’on se remet difficilement d'une mauvaise chute, c’est le défi que saisit l’écrivain voyageur Sylvain Tesson. Pour le guider, le photographe animalier Vincent Munier, masse de muscle en tenue de camouflage, sa compagne et un jeune assistant.
Les voilà partis dans un voyage à travers les Hauts plateaux dans des conditions d’une grande rusticité, objectif tenter de surprendre ce fauve extraordinaire que l'on dit disparu, la panthère des neiges. Mais pour Sylvain Tesson, ce voyage est prétexte… ce qu’il veut expérimenter c'est vivre à « l’affût », de l'animal et de la faune tibétaine, mais surtout de lui-même et de ses émotions, pratiquer l'art de la patience. Ces nombreux moments d'attente seront l’occasion de nous entraîner de l’aventure vers la littérature, nourrissant ses compagnons et le lecteur de son amour des grands auteurs et cette immobilité sera un mouvement entre méditation, Intemporel monde bouddhiste, et spiritualité, revivre les départs de deux êtres chers. Aller sur les traces de Sylvain Tesson, c'est suivre un esprit libre et engagé contre une certaine modernité, les pieds bien chaussés. Y. G.

Capharnaüm (Nadine Labaki)

note: 5Les oubliés des bas-fonds de Beyrouth Les bibliothécaires - 23 mars 2020

La cinéaste Nadine Labaki filme, avec une grande force narrative, le drame familial de la pauvreté. Capharnaüm sorti en 2018 est alors en sélection officielle au Festival de Cannes. Trois fois primé, il reçoit le prix du jury, le prix du jury œcuménique et le prix de la citoyenneté. Capharnaüm est ensuite sélectionné pour représenter le Liban à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère.
L'histoire raconte la vie de Zain, 12 ans environ, qui n’a jamais connu d’enfance, vit d'expédients dans un quartier misérable de Beyrouth avec sa famille. Le garçon livre les commandes à ses voisins, essaie de soutirer de l’argent aux automobilistes, aide sa mère à trafiquer des médicaments stupéfiants. Pour payer le loyer de leur misérable appartement, ses parents l’ont contraint lui et ses frères et sœurs à être les esclaves de l’épicier du coin. Zain rêve pourtant d’aller à l’école. Mais, une chose le terrifie : l’épicier a demandé sa petite sœur en mariage et attend impatiemment que celle-ci devienne « une femme ». Alors, quand la petite fille de 11 ans tâche les draps d’un peu de sang, Zain fait tout pour dissimuler l’incident et organise leur départ. Malheureusement les parents s’en aperçoivent et le garçon partira seul. Au cours de sa fugue, il rencontre Rahil, une immigrée éthiopienne sans papiers et son bébé Yonas ; en l'absence de Rahil, Zain s'occupe comme d’un frère du bébé qui, sinon, serait mort de faim.
Ce drame moderne dégage une puissance de ton qui emporte dès les premières minutes. Réfléchi et précis, le film impose la force du documentaire tout en gardant une grande élégance de narration. Le récit habilement construit dénonce un capharnaüm de cruauté en ne quittant jamais son héros des yeux. Le regard attentif de la caméra accompagne son sujet sans l’étouffer, le respecte sans l'étudier. Et indéniablement, il crève l’écran.
On est captivé et ému par la détermination du jeune garçon qui se bat férocement pour sauver sa peau et celles des plus faibles autour de lui, qui se rebelle contre cette vie qui lui est imposée.
Un mélodrame violent, une œuvre cinématographique sensible et aboutie !
F.P.

Yesterday (Danny Boyle)

note: 5Un garçon...pas dans le vent Les bibliothécaires - 4 mars 2020

Yesterday, fiction de Danny Boyle (2019), est un hommage aux fans des Beatles de la première heure. Le film rappelle fortement celui de Laurent Tuel Jean-Philippe dans lequel tous ont oublié qui était Johnny Hallyday, y compris le principal concerné, qui reprend son vrai nom, Jean-Philippe Smet. Ici, le personnage principal Jack Malik (Himesh Patel) joue le rôle d’un chanteur sans succès qui découvre après son accident, lié à une coupure électrique planétaire, que les Beatles n’ont jamais existé. Il va alors s’approprier les chansons du célèbre groupe afin d’accéder à la gloire et à la fortune.
Quel plaisir de redécouvrir les chansons mythiques du groupe grâce à Jack Malik qui retourne sur les lieux évoqués dans les textes des Beatles, comme par exemple le quartier de Penny Lane à Liverpool. Ainsi, le jeune homme contraint de jouer à n’oubliez pas les paroles nous fait beaucoup rire lorsque certaines chansons sont transformées. "Hey Jude" devient alors "Hey dude", selon les diktats de l'industrie musicale contemporaine et un public choisissant souvent la facilité. Les chansons, décontextualisées, ne rencontrent pas immédiatement le succès qu’elles méritent, d’autant que Malik ne possède pas tout à fait le talent des interprètes originels.
Gardez un mouchoir à porter de mains pour les quelques belles surprises dédiées aux fans du groupe mythique…
Un très bon feel good movie qui ne marquera pas l’histoire mais qui fait passer un moment bien agréable. R.V.

Pata pata (Miriam Makeba)

note: 5Makéba, ma ché bella ! Les bibliothécaires - 4 mars 2020

Pour Miriam Makeba, les années 60 sont décisives. Exilée aux États-Unis après avoir dénoncé le régime de l’apartheid, la chanteuse sud-africaine se lance dans une nouvelle carrière musicale et « Pata Pata» symbolise ce virage artistique. Doté d’un refrain efficace, ce morceau fait un carton sur les pistes de danse du monde entier. Le mélodieux « Click Song Number One » est un clin d’œil à la culture xhosa et à son langage à base de claquements de langue. Et la reprise du standard éthio-jazz « Yetenlu Tizaleny » vire au discours panafricain.
Si le continent natal de Makeba reste au cœur de cette production, d’autres répertoires agrémentent cet enregistrement. « West Wind » rend ainsi hommage à la tradition du music hall américain. Et la folk song « A Piece of Ground » critique la colonisation et ses méfaits. Taillé pour le marché occidental,« Pata Pata » est à ce titre un disque clé de Mama Africa. C.G.

Braquage (Marie-Flore)

note: 4Haut le coeur Les bibliothécaires - 4 mars 2020

Nouvelle venue sur la scène pop, Marie-Flore s’inscrit dans la lignée des autrices-compositrices comme Clara Luciani, Juliette Armanet ou Cléa Vincent. Dans ce disque, elle décortique une rupture amoureuse douloureuse, le ton est libre, cru et percutant, la dimension charnelle indéniable. Ici la pop flirte avec l’électronique et le hip hop. C.G.

Sofia et le marchand ambulant (Katia Canciani)

note: 4Un anniversaire incroyable! Les bibliothécaires - 21 février 2020

Sofia fait un vœu pour son anniversaire, elle rencontre Tullio le marchand ambulant. Au fil du temps, Tullio lui fait découvrir des mélodies, des odeurs, des saveurs dont elle ignorait l'existence. Un lien solide se tisse ainsi entre eux et voilà que le camion du marchand ne passe plus. Ce livre nous montre la joie et le bonheur de Sofia de passer du temps avec Tullio le marchand ambulant. Malgré la pauvreté de la jeune fille et le fait qu’elle ne puisse rien acheter au marchand, celui-ci prend le temps de lui présenter ses marchandises.
Les illustrations sont remarquables, elles se démarquent par leurs couleurs. Un bel album sur la persévérance, l’amitié et le partage.

Galets peints

note: 4Une activité simple et amusante! Les bibliothécaires - 21 février 2020

Un petit livre pratique pour une activité simple et amusante, avec plein d'idées de motifs variés. Le livre contient aussi un cahier de dessin ,avec des modèles. Cette activité est adaptée aux enfants dés 5 ans.
Peinture ou feutres, tout fonctionne. Petit atelier à proposer pendant les vacances.

Le balayeur du désert (Tanguy Pay)

note: 4Plus précieux que l'or! Les bibliothécaires - 21 février 2020

Le balayeur du désert est un court album dans lequel un homme balaie jour après jour le sable du désert. Intrigués, les villageois finissent par le rejoindre pensant qu’il cherchait un trésor. Leurs efforts en commun permettent de découvrir un puits.
Cet ouvrage nous montre la puissance du collectif. En effet, la prise d’initiative d’une seule personne pousse tous le monde à collaborer et à obtenir ainsi un résultat améliorant le quotidien de tous. Une très belle morale, rappelant que nos efforts finissent toujours pas payer et ce malgré l'ampleur de la tâche.

I hate Fairyland n° 1
Le vert de ses cheveux (Skottie Young)

note: 4À la recherche de la @# !%* de clé perdue Les bibliothécaires - 5 février 2020

Il était une fois, une adorable fillette qui s’appelait Gertrude. Un beau jour, elle fut aspirée par le tapis de sa chambre et arriva dans le monde enchanté de Fairyland. Cloudia, la reine de céans, lui confia une mission : retrouver la clé magique qui lui permettrait de rentrer chez elle. C’est ainsi que la brave enfant s’élança à la conquête de sa destinée… mais, c’était il y a des années de cela.

Trente ans ont passé et Gert, devenue une mégère aigrie et ultraviolente coincée dans un corps de fillette, arpente toujours furieusement les plaines acidulées de Fairyland et en terrorise les habitants, flanquée de Larry, son Jiminy Cricket cynique et blasé, à la recherche de la porte de sortie. Et gare à quiconque se mettra en travers de son chemin…

Parodie noire, hilarante et irrévérencieuse au possible, I hate Fairyland revisite avec brio (et à grand renfort d’hémoglobine) les histoires de mondes merveilleux. Entre le jeu vidéo de massacre et le cartoon faussement innocent, cette série en quatre tomes de Skottie Young et de Jean-François Beaulieu est une véritable pépite (en sucre ♥) à découvrir ! Vv

Memories of murder (Joon-Ho Bong)

note: 5Le doux visage du mal Les bibliothécaires - 4 février 2020

Memories of murder est un thriller coréen de Bong joon-Ho s’inspirant de faits réels commis entre 1986 et 1991 en Corée du Sud. Sorti en 2004, c’est le premier chef-d’œuvre du réalisateur, vainqueur de la dernière Palme d’or de Cannes pour son film Parasite. L’histoire se déroule en 1986 dans un village reculé de Corée du Sud, le détective Park Doo-Man (interprété par le génialissime Kang-Ho Song) de la police locale est envoyé sur les lieux pour enquêter sur le viol et le meurtre d’une jeune femme. La succession de nouveaux meurtres, le manque d’indices ainsi que l’incompétence des policiers locaux poussent les autorités de Séoul à dépêcher sur place un spécialiste des meurtres en série, le détective Tae-Yoon Seo interprété par Kim Sang-Kyung et dont les méthodes d’investigations évoluées remettront en cause le travail bâclé de la police locale.
Le film est un mélange des genres ; tantôt policier sombre et violent, il bascule également dans le burlesque et l'humour par le biais de situations improbables. On retrouve les codes du genre : le bon flic et le méchant flic, le premier aux méthodes bourrues et ne se fiant qu’à son intuition, le second ne se fiant qu’aux nouvelles technologies et à la science. Le succès du film réside dans ses multiples rebondissements conduisant les enquêteurs sur de mauvaises pistes, les poussant à se remettre sans cesse en question. La scène finale soulignant la détresse du détective, et de l’homme hanté, poursuivi des années durant par l’affaire non résolue, fait de cette fiction, 14 ans après sa sortie, un modèle de thriller aussi bien pour sa complexité narrative, que par sa vision historique et la réflexion qu’il crée chez le spectateur. Un véritable chef-d’œuvre. R.V.

Return (The) (Sampa The Great)

note: 5Tout d'une grande... Les bibliothécaires - 4 février 2020

Sampa the Great porte bien son nom. Sa présence charismatique convoque à la fois l’image de la guerrière et de la prêtresse. À la fois poétesse et rappeuse, sa musique puissante navigue entre le patrimoine musical et spirituel de son Afrique natale (Le Zambie pour sa terre natale, et le Botswana pour la terre d’enfance), la soul des années 70, le jazz, le rap old school. Forte et riche de ses diverses cultures, son album est la bande son de son combat pour s’affirmer comme femme, musicienne, noire. C.G.

Un monde sans rivage (Hélène Gaudy)

note: 5Des Pieds Nickelés dans les icebergs Les bibliothécaires - 25 janvier 2020

1897, trois aventuriers peu préparés tentent d’atteindre le Pôle Nord en Ballon. 1930, à l’occasion d’une fonte exceptionnelle de glace sur une île arctique, les vestiges de leur expédition réapparaissent. A partir des photographies et carnets de bord retrouvés parmi les traces du campement, Hélène Gaudy évoque les rêves et les passions de ces hommes qui aspiraient à la postérité, invoque les aventuriers d’autres expéditions polaires et nous invite d’une écriture ciselée et poétique à parcourir les paysages de ce « monde sans rivage » … Y.G.

Le Petit fugitif (Morris Engel)

note: 5Perdu dans Manhattan Les bibliothécaires - 17 janvier 2020

Au début des années 50 à Brooklyn, deux jeunes garçons, Lennie et son petit frère Joey, 7 ans, sont livrés à eux-mêmes le temps d'un week-end. Agacé par la présence encombrante de son jeune frère, Lennie va alors lui jouer un mauvais tour en lui faisant croire qu'il l'a accidentellement tué. Persuadé d'avoir causé la mort de son frère, Joey va s'enfuir et errer seul à Coney Island, vaste parc d'attraction à ciel ouvert. L'histoire d'une blague de mauvais goût qui va se transformer en une grande aventure.
Le petit Fugitif est un film unique car filmé à hauteur d’enfant : ainsi, le spectateur partage les émotions et les sensations du jeune héros.

A voir en famille (à partir de 7 ans)

Pull (Claire Lebourg)

note: 5Pull tout doux Les bibliothécaires - 17 janvier 2020

Certain d’avoir abandonné son maître (ou serait-ce le contraire ?…), le chien Pull culpabilise. Recueilli par une communauté de cabots et par un chat, Pull trouve refuge dans leur vieux wagon désaffecté. Groucho, Brimbelle, Bruce, Mammouth…Chacun occupe une place particulière et tous fonctionnent à l’amitié, à la solidarité et à l’entraide. C’est simple, on voudrait tous les adopter!
Encore une pépite signée Claire Lebourg. C.G.

On l'appelle Jeeg Robot (Gabriele Mainetti)

note: 4Le super héros à la sauce porno danette Les bibliothécaires - 16 janvier 2020

On l’appelle Jeeg Robot de Gabriele Marinetti
Tous les super-héros ne naissent pas aux Etats-Unis ! On l’appelle Jeeg Robot est l’histoire d’un italien un peu paumé qui acquiert des supers pouvoirs. Le réalisateur Gabriele Marinetti prend le risque de faire un film de super-héros dont le sujet est l’apanage des grosses productions hollywoodiennes avec un petit budget (1.7 millions d’euros) et ça marche. Le film démarre en trombe, on découvre le personnage principal Enzo (interprété par l’excellent Claudio Santamaria) qui, pour fuir la police, se jette dans les eaux troubles du Tibre. Celles-ci sont polluées par de la matière radioactive qui confère à Enzo des pouvoirs extraordinaires. La sempiternelle question de faire le bien ou le mal revient alors sur le devant de la scène et comme toujours elle est liée à l’entourage du héros. Au commencement, il n’en est pas vraiment un, c’est même l’anti-héros par excellence : un physique de déménageur adepte du porno et de la crème dessert. Ses ennuis le conduisent à rencontrer la voisine du dessous Alessia (interprétée par la jolie Ilenia Pastorelli), jeune femme autiste fan du manga japonais Jeeg Robot, qui voit en Enzo la réincarnation de son personnage favori. Par amour, Enzo va finalement devenir ce chevalier servant, prenant conscience de tout ce qu’il peut faire avec ses nouveaux pouvoirs, se remettant ainsi sur le droit chemin. On l’appelle Jeeg Robot est un renouveau du genre et du cinéma italien de manière générale ; on pense aussi à Incassable de M. Night Shyamalan, mais ce n’est pas le premier film du genre en Italie puisqu’en 2015 était sorti Invisible Boy de Gabriele Salvatores. Cette fiction est une vraie réussite qui peut se targuer d’avoir obtenu 6 récompenses au Donatello 2016, l’équivalent de nos César. R. V.

Les Zola (Méliane Marcaggi)

note: 5Madame Zola Les bibliothécaires - 17 décembre 2019

Si Émile Zola est connu pour avoir été l’auteur de l’immense saga familiale des Rougon-Macquart, on en sait en revanche bien moins sur l’écrivain et sa propre famille. Méliane Marcaggi et Alice Chemama nous convient à suivre les traces du romancier, dans le Paris des impressionnistes jusqu’à sa paisible demeure de Médan.

Mais cette bande dessinée réalisée à l’aquarelle est surtout un très bel hommage à Alexandrine Meley, épouse du romancier, et au rôle qu’elle a tenu dans sa vie et dans sa carrière. Jeune lingère qui fréquente le milieu des impressionnistes, c’est elle qui suggéra à Zola d’enquêter au cœur des quartiers populaires parisiens et de se mêler aux ouvriers pour écrire les vingt tomes des Rougon-Macquart. Sa propre jeunesse miséreuse lui inspira les trames de ses romans. Elle sera enfin son plus grand soutien lors de l’affaire Dreyfus et organisera sa défense en France alors qu’il est exilé en Angleterre.

Cette BD biographique est un portrait extrêmement touchant et inspirant : Méliane Marcaggi rend en effet cette Mme Zola très attachante et nous suivons le parcours de vie d’une femme déterminée et lucide, confrontée aux préoccupations et difficultés des femmes de son temps.
À ne pas manquer si vous aimez les romans d'Émile Zola (attention, le romancier en prend tout de même pour son grade…). Vv

Les cicatrices de la nuit (Alexandre Galien)

note: 5Un bon cru pour le prix des Orfèvres 2020 Les bibliothécaires - 14 décembre 2019

2019 devrait rester un bon souvenir pour Alexandre Galien, jeune policier de 28 ans qui remporte le prix du Quai des orfèvres 2020 avec Les Cicatrices de la nuit, un polar glaçant qui se déroule à Paris.
Après vingt années passées à la Mondaine, le commandant Philippe Valmy débarque à la Crim’. Pour son « baptême de l’air », il est servi ! Une jeune femme se prostituant est retrouvée égorgée dans un fourré après avoir été torturée.
Policier en disponibilité, comme Olivier Norek, Alexandre Galien raconte avec minutie l’enquête menée par l’équipe de Valmy et montre, en parallèle, l’horreur avec les yeux du tueur sadique qui va récidiver.
C’est très efficace et effrayant à souhait !
F. D.

The time for peace is now (Little Shadows (The))

note: 5Trésors cachés du gospel Les bibliothécaires - 13 décembre 2019

The time for peace is now est une compilation de gospel issue des circuits indépendants des années 70 et exhale fortement de soul musique. L’album compilé par le label Luaka Bop de David Byrne, est la deuxième proposition consacrée à la musique spirituelle gospel : composée de 14 titres retrouvés dans les greniers et les hangars du Sud des États-Unis, et remaniés par le DJ Greg Belson. Les thèmes abordés traitent de la spiritualité, de la paix ; on évoque l’amour de son prochain, la vie et la mort, la joie, la tristesse et la douleur, sans référence directe à Dieu. De nombreux chanteurs et chanteuses soul ont fait leurs débuts dans les églises, on pense aussi à Aretha Franklin, The Mighty Clouds ou les Staple Singers qui ont influencé des artistes comme The Triumphs, The Little Shadows, Willie Scott & The Birmingham Spirituals ou The Soul Stirrers présents dans cet album. The Time For Peace is now navigue entre soul, funk et R&B. L’album comprend également des notes de carnet en langue anglaise de Jonathan Lethem, écrivain de best-seller rattaché au New York Times, mais aussi de l’expert en gospel Robert F. Darden. Un album à découvrir sans attendre. R.V.

La sémantique c'est élastique (James)

note: 4Jeux de maux Les bibliothécaires - 11 décembre 2019

Regroupant les chroniques parues dans la rubrique sémantique de la Revue Dessinée, La Sémantique c’est élastique propose de revenir en quelques planches sur une expression ou un mot régulièrement employé dans le langage courant.

Avec inévitablement un détour vers la grammaire et l’étymologie, James décortique surtout la véritable signification de ces locutions qui peuvent nous sembler aller de soi… sans pour autant toujours avoir du sens lorsque nous les employons.
Pourquoi est-il inexact de parler d’ « inégalité parfaite » ou de la « clôture » d’un vote ? Pourquoi l’héritier des rois était-il appelé le Dauphin ? Quelle est la différence entre un « salaud » et un « salop » ? En explorant l’évolution du vocabulaire au fil du temps et des cultures, on comprendra enfin pourquoi la dinde, bien qu’originaire du Mexique, est un « poulet d’Inde » en français, une « pintade turque » en anglais, un « poulet hollandais » en Malaisie et une « poule du Pérou » pour les Portugais.
De façon moins anecdotique, sont également abordées des préoccupations plus actuelles telles que la féminisation des noms de métier, le glissement de valeur entre l’expatrié et le migrant économique, ou encore les anglicismes qui seraient pour la plupart issus du français !

Une vingtaine de chroniques qui constituent une lecture à la fois agréable et instructive et qui nous rappellent à quel point maîtriser la langue permet de façonner (voire manipuler ?) les esprits et la réalité. À picorer pour frimer aux dîners de famille.
Vv

Everything not saved will be lost (Foals)

note: 5Rien ne se perd Les bibliothécaires - 3 décembre 2019

Le second volet d’Everything not saved will be lost des Anglais de Foals s’inscrit dans la continuité du premier opus sorti en mars. Structures des morceaux, ambiances et thématiques se complètent et se répondent. Aussi, cette deuxième partie s’avère plus musclée laissant la part belle à de puissants riffs de guitares. En effet, ce quatuor londonien excelle dans l’écriture de morceaux tendus avant la libération d’explosions électriques emportant tout sur leur passage. Portés par leur leader charismatique Yannis Philippakis, Foals s’interroge sur une Angleterre embourbée dans le Brexit, le dérèglement climatique et plus globalement sur l’époque dans laquelle nous vivons. C.G.

Cambio (La Chica)

note: 5Wind of change Les bibliothécaires - 3 décembre 2019

L’artiste franco-vénézuélienne Sophie Fustec sort son premier album sous le nom de la Chica.
Entre rap, pop et nappes électroniques profondes, musique et chants traditionnels d’Amérique du Sud plus traditionnels, La Chica fait cohabiter toutes les émotions au sein de Cambio. De la ballade de Suenos au chant guerrier de Sola, elle explore tous les recoins de sa personnalité et nous fait part d’une musique profondément personnelle. Les morceaux s’enchaînent dans un collage cohérent, entraînant et plutôt irrésistible. C.G.

Dune (Canine)

note: 5L’appel de la meute Les bibliothécaires - 3 décembre 2019

Rares sont les disques aussi captivants dès la première écoute !
A la lisière du féminin et du masculin, Canine transcende les genres de sa voix mouvante. Ce collectif tisse des orchestrations riches avec des motifs électro et des cordes puissantes pour donner naissance à une musique hybride, un voyage musical sensoriel. Cet album dégage une indéniable puissance émotionnelle et cinématographique. C.G.

Les éternels (Jia Zhang-Ke)

note: 5Rien n'est éternel Les bibliothécaires - 3 décembre 2019

Les éternels de Jia Zhang – Ke est l’histoire d’amour avortée entre Quiao , jeune femme fidèle aux traditions, et Bin petit chef de la pègre locale.
Le récit se déroule sur une période de 17 ans, montrant ainsi les changements de la société chinoise qui s’ouvre à la culture occidentale. Le film montre aussi les effets des séparations et des retrouvailles entre les deux amants. Ce couple qui vit dans l’insouciance se confronte alors à la violence et à l’agressivité de ce monde en mutation, transformant leur amour en sacrifice. L’abandon et la solitude laisseront place à la recherche de tout ce qui a été perdu. Dans cette quête on découvre un monde dévasté : usine à l’abandon, quartier populaire rasé, barrage hydraulique qui inonde toute une vallée, etc. Le paysage devient le prolongement du personnage de Quiao. La trajectoire sentimentale du personnage se mêle à l’histoire nationale du pays. Le réalisateur montre comment les personnages s’adaptent au sein de cette nouvelle société. On trouve déjà ce propos dans ses précédents films comme Still Life . Néanmoins, les ellipses un peu trop fréquentes brisent quelque peu le fil narrateur. Une fresque cependant immense avec des acteurs impériaux, du grand Zhang-Ke. R.V.

L'internet de la haine (Emmi Nieminen)

note: 4« Vous avez un nouveau message » Les bibliothécaires - 12 novembre 2019

« Pourquoi les féministes sont toujours laides à gerber ? », « Il faudrait arracher l’utérus aux salopes de ton genre », « J’espère que tu te feras violer à mort ». Tels sont les mots doux adressés à de nombreuses internautes finlandaises et qui illustrent la violence dont font preuve certains derrière l’anonymat sécurisant du net.

Dans cette bande dessinée proche de l’enquête, la journaliste finlandaise Johanna Vehkoo et la dessinatrice Emmi Nieminen donnent la parole aux victimes de cyber-harcèlement, et plus particulièrement aux femmes, qui font le plus souvent l’objet d’injures à caractère sexuel et misogyne.
Elles sont militantes, politiques, artistes, bénévoles d’associations, chercheuses, ou de simples internautes ayant eu l’audace de manifester leur opinion sur les réseaux sociaux. Leur activité, leur origine ethnique ou les propos qu’elles ont pu tenir en ont fait les cibles de réelles campagnes de haine sur internet qui ont fini par submerger leur vie professionnelle et personnelle.
Spécialiste des questions sur la désinformation et la vérification des faits, Johanna Vehkoo recueille des témoignages particulièrement dérangeants, dont la fureur et la vulgarité frisent parfois le grotesque. Dans une seconde partie fondée sur des travaux de recherche, elle démonte les mécanismes de ces déchaînements de haine, et en signale la banalisation et les conséquences sur les victimes (l’impuissance des autorités contraignant parfois certaines d’entre elles à l’autocensure).
À noter en fin d’ouvrage, un petit guide qui explique comment réagir si l’on devenait soi-même la cible de harcèlement en ligne… Une lecture édifiante et nécessaire.
Vv

Ceux de 14 (Maurice Genevoix)

note: 5Un chef d’œuvre bouleversant à lire absolument ! Les bibliothécaires - 12 novembre 2019

« Ceux de 14 » n'est pas seulement le plus grand classique sur 14-18, c'est aussi l'ouvrage d'un immense écrivain. En effet, ce n’est pas un pamphlet sur la première guerre, ni un roman à thèse ou à orientation pacifiste et encore moins une œuvre à visées patriotiques. Ici, Maurice Genevoix y décrit les batailles, la vie, la brutalité des combats et les atrocités de la guerre, la souffrance de ses compagnons d’arme lors des batailles de la Marne, de l’Argonne, des Hauts-de-Meuse. Ce qui en fait incontestablement LE témoignage sur 14-18, le « maître ouvrage » sur la première guerre mondiale coté français.

C'est à partir de ses notes quotidiennes prises sur les champs de bataille que va s'élaborer son œuvre littéraire dans laquelle une vision humaniste se dégage à chaque page, alliée à une grande sincérité humaine.

Grièvement blessé aux Éparges le 25 avril 1915 (en même temps que Ernst Jünger et dans le même affrontement), il fut réformé. Il reprit par la suite ses cahiers, ce qui donna Sous Verdun, en 1916, un récit dont le réalisme lui vaut d'être largement censuré, puis Nuits de guerre (1917), La boue (1921) et Les Eparges (1923), rassemblés ensuite dans Ceux de 14 en 1949.

Initialement prévue en 2019, la double entrée au Panthéon de Maurice Genevoix et de « Ceux de 14 » se déroulera finalement en 2020 conjointement au centenaire de l’inhumation du Soldat Inconnu. Cette « panthéonisation », porte-parole « du Soldat de 1914 » qui sera inhumé, mais également, à titre collectif, de « Ceux de 14 », soldats et femmes qui ont accompagné sur le front, les fera entrer glorieusement au Panthéon aux côtés de l'académicien.

Venez donc (re)découvrir au rayon « Fictions » de l’espace adulte de la médiathèque, ce chef d’œuvre bouleversant.
F. D.

Petit (Maria Jalibert)

note: 5Qui est le plus minuscule? Les bibliothécaires - 12 novembre 2019

Des Illustrations faites avec des petits bouts de feutrine et de tissu et des couleurs pastels. Histoire amusante sur la taille des animaux, du plus grand au plus petit.
Le petit du ver de terre est plus petit que le petit de la poule, qui est plus petit que le petit du chat, etc. Mais le plus petit des plus petits, c'est qui ?
Un album simple et malin, qui s'amuse des échelles et des réactions de chacun. .

Edmond (Alexis Michalik)

note: 5Edmond ou comment la scène arrive sur grand écran... Les bibliothécaires - 2 novembre 2019

Edmond est une adaptation de la pièce de théâtre éponyme d’Alexis Michalik. Initialement, la pièce avait été écrite pour le cinéma, mais le manque de moyens l’amena vers les planches. Le succès fut tel que la pièce est encore à l’affiche du théâtre du Palais Royal, et récompensée par 5 Molières en 2017. Le film est un biopic ou plutôt une fiction réaliste sur la vie d’Edmond Rostand au moment où il écrit Cyrano de Bergerac en 1897. Paris à la fin du 19ème siècle : la France est en pleine affaire Dreyfus, les frères Lumière bouleversent le monde avec leurs images animées projetées dans les salles parisiennes grâce au premier cinématographe. A travers l’écriture de Michalik, les deux univers se rencontrent souvent. Edmond est un récit très romancé au fil duquel on découvre comment Rostand, qui signe des tragédies en vers lorsque le public réclame des comédies en prose, est contraint d’essuyer des échecs. Ainsi le dramaturge George Feydeau, avec son célèbre Dindon, est son grand concurrent de l’époque. Rostand n’a d’autre choix, pour renouer avec le succès, que d’imaginer un chef-d’œuvre en l’espace de trois semaines. Ce sera Cyrano, qu’il écrit en s’inspirant d’un échange épistolaire avec une habilleuse. Michalik arrive à nous plonger dans cette merveilleuse effervescence de l’époque, comme au première loge de la représentation initiale grâce au casting formidablement choisi. Un hommage magnifique qui motive à revoir l’une des plus belles pièces du théâtre français.

La lutte des classes (Michel Leclerc)

note: 4Les « bobos » de la gauche Les bibliothécaires - 2 novembre 2019

Michel Leclerc signe avec La lutte des classes une comédie satirique sur la société d’aujourd’hui. Sofia (Leïla Bekhti) et Paul (Edouard Baer) sont en couple : elle est une brillante avocate d’origine maghrébine, lui est le batteur d’un groupe de rock punk anarchiste dont la gloire n’a jamais vraiment décollé. Ils décident de s’installer en banlieue parisienne pour offrir un meilleur cadre de vie à leurs enfants et emménagent à Bagnolet en Seine Saint Denis, là où Sofia a grandi. Mais le lieu idéalisé de son enfance a disparu, la plupart des amis du couple préfèrent placer leurs enfants en école privée car l’école laïque républicaine ne joue plus son rôle de mixité sociale. Corentin se retrouve vite à être le seul blanc de sa classe, et ses camarades lui mènent la vie dure lorsque les questions culturelles et religieuses s’invitent à l’école. Michel Leclerc se moque gentiment de la gauche des bobos bien-pensants qui plaident le vivre ensemble mais qui, une fois confrontés à la réalité, prennent leurs jambes à leur cou pour fuir des décisions contradictoires. Il pointe ici l’hypocrisie de ces personnes qui prétendent cependant défendre les plus pauvres. Le ton critique de cette comédie permet de mettre sur un pied d’égalité les bobos gauchistes et les communautarismes. Le film finit par s’essouffler, en tombant dans les clichés et les discours moralisateurs.

Cependant, La Lutte des classes reste un film intelligent, drôle et qui donne à réfléchir. R. V.

Le feu de Thésée n° 1 (Jerry Frissen)

note: 5La véritable histoire de Thésée et le Minotaure Les bibliothécaires - 26 octobre 2019

Oubliez le fier Thésée terrassant le terrible Minotaure au cœur de son labyrinthe. Et si, en vérité, le héros de cette légende était une femme ? C’est ce que propose de nous relater Jerry Frissen dans ce magnifique diptyque, en incarnant Thésée sous les traits d’une héroïne, fille illégitime du Roi Égée, rejetée puis livrée à des hommes avides de chair fraîche. Jusqu’à ce que cette victime relève la tête et apprenne à se battre pour retrouver sa liberté. Mais l’abandon odieux de son père n’a jamais quitté ses pensées. Elle se rend alors à Athènes… L’heure de la vengeance a sonné.
Dans cette brillante version revisitée, Jerry Frissen nous livre ici des dialogues bien écrits, des personnages charismatiques ainsi qu’un rythme de narration impeccablement tissé. En prime, le dessin de Francesco Trifolgi se montre équilibré et régulier, spectaculaire par moment et expressif sur les personnages et leurs mouvements. Un sans-faute pour cette étonnante relecture du mythe grec.

A suivre, bientôt à la médiathèque : Le Feu de Thésée, Tome 2 : Vaincre.
F. D.

Bakuman n° 1 (Tsugumi Ōba)

note: 5Mangaception Les bibliothécaires - 26 octobre 2019

La série Bakuman nous fait suivre le chemin initiatique de Moritaka Mashiro et Akito Takagi, tous deux élèves de troisième souhaitant devenir mangakas. Leur duo insolite va se confronter à la dure réalité du milieu, la vie de mangaka étant loin d’être rose, la route vers le succès s’annonce longue et ardue.
Parue depuis déjà neuf ans, cette série s’est vite créée une place parmi les « classiques », de par le sujet choisi et la façon dont elle le traite (il faut bien reconnaître que faire un manga sur comment faire un manga est une idée assez cocasse).

Qu’il s’agisse ici pour vous d’une lecture-découverte ou bien familière, cette série est un vent de fraîcheur : au revoir combats sanglants entre personnages aux muscles surdimensionnés, au revoir jeune japonais lambda qui meurt tragiquement avant de se réincarner en héros incroyable dans un énième monde fantaisiste. La vraie vie, la galère de la page blanche, les semaines à manger des pâtes par manque de budget! Bakuman c’est tout cela, et c’est bon !
Th. V.

Le dieu vagabond (Fabrizio Dori)

note: 5Un road trip mystique aux accents pop Les bibliothécaires - 26 octobre 2019

Eustis, compagnon de Dionysos et de Pan, est un satyre exilé dans le monde des mortels pour avoir offensé la farouche Artémis. Pour rentrer chez lui, il entreprend alors un voyage qui le mènera des bords d’autoroute à l’antre de la sinistre Hécate, en passant par la demeure d’Hadès.
Cet album nous embarque dans une odyssée moderne et psychédélique qui réécrit superbement les mythes antiques, servi par un graphisme éblouissant oscillant entre l’ocre des céramiques antiques et les multiples références aux plus grands maîtres de la peinture et du dessin. Des tournesols de Van Gogh à la vague d’Hokusai en passant par le pop art et le Little Nemo de Winsor McCay, ce road-trip mystique est une véritable perle à découvrir.
Vv

Une fin de loup (Jérôme Camil)

note: 5Un conte pas comme les autres Les bibliothécaires - 15 octobre 2019

C'est avec Brio que l'auteur choisit de détourner les contes traditionnels .
Dans un pré, des moutons s’apprêtent à en découdre avec le loup censé surgir de la brume… Au lieu de ça, le loup se prélasse, bien installé dans son canapé… (…)
Entre album de jeunesse et pièce de théâtre, c'est une histoire pleine de surprises où l'on savoure humour et malice!

Emma Wrong (Lorenzo Palloni)

note: 4Un huis-clos déroutant aux accents rétro Les bibliothécaires - 10 octobre 2019

Désert du Nevada, 1951. Le cadavre d’une femme est découvert un matin dans la piscine du Hot Rock Motel… Quelques jours plus tôt, curieux et vacanciers s’y sont pressés pour assister au premier essai nucléaire sur le sol américain. Parmi la clientèle, l’étrange Emma Wong trouble par sa beauté et son passé mystérieux. Lancée sur les traces de son espion d’amant qui se serait dissimulé dans le motel, sa présence va déclencher une suite d’événements qui vont rapidement lui échapper…
Lorenzo Palloni et Laura Guglielmo nous servent un début d’intrigue qui n’est pas sans rappeler les plus célèbres trames d’Agatha Christie… avant de tout bonnement brouiller les pistes et de multiplier des retournements dignes d’un roman d’espionnage à la Ian Fleming. Dans une Amérique en pleine guerre froide, le dessin semi-réaliste et la palette en quadrichromie de Laura Guglielmo nous entraînent dans un huis-clos prenant et déroutant aux accents rétro… Attendez-vous à une intrigue tordue et à un final explosif.
Vv

A bath full of ecstasy (Hot Chip)

note: 5Bain de rave Les bibliothécaires - 5 octobre 2019

Les anglais du groupe Hot Chip signent avec A bath full of ecstasy leurs 7ème album studio. Il a été enregistré entre Londres et Paris avec la collaboration de producteurs de renom tels que Philippe Zdar et Rodaidh McDonald. La French touch est très présente dans l’album et certains titres ne sont pas sans rappeler Daft Punk, ou encore Petit Biscuit notamment sur le titre A bath full of ecstasy. Le quintet navigue dans les eaux dansantes de la synthpop des eighties. Le clubbing est à la base de cet album puisque ces quarantenaires ont passé leurs jeunes années en club à écouter du drum’n’bass, disco, garage, deep funk et de la house. Le premier titre, Melody of love nous plonge dans les années 80 avec un son pop et des envolées synthétiques. Hot Chip signe un magnifique album qui donne envie de s’immerger dans un bain multicolore. RV

Who's happy? (Hugh Coltman)

note: 5Crooner folk Les bibliothécaires - 2 octobre 2019

Après le succès de son album hommage à Nat King Cole (disponible à la médiathèque), le crooner britannique prend la direction de la Louisiane. Le plus francophile des chanteurs anglais s’associe au guitariste français Freddy Koella, collaborateur de Bob Dylan pour composer Who’s Happy ?
Enregistré à la New Orleans, berceau du jazz, il alterne entre des balades intimistes et des compositions endiablées exécutées par des brass bands. C'est donc un son trés chaud et cuivré, gorgé de so(u)l(eil) et parfois accompagné de guitares blues et folk. C.G.

Green balloon (Tank and The Bangas)

note: 5L'appel des Bangas Les bibliothécaires - 2 octobre 2019

Issu de la Nouvelle Orleans, le collectif Tank and the Bangas mené par la flamboyante Tarriona Tank Ball s’émancipe de tout essai de classification musicale, au grand dam des bibliothécaires ! Riche d’un bagage culturel, cet orchestre de poche combine spoken world, r’n’b, hip hop, soul…un cocktail vitaminé et réjouissant, une musique « feel-good » , une bonne dose de sérotonine dans les oreilles ! C.G

Cédric Villani (Cédric Villani)

note: 4Les maths pour les Nuls Les bibliothécaires - 2 octobre 2019

Qui n’a jamais rêvé de comprendre les mathématiques de façon ludique à travers des exemples du quotidien ? Grâce au mathématicien Cédric Villani médaillé Fields en 2010, cette discipline devient accessible à partir d’une série de huit conférences présentées en 2017 à la Maison aux Métallos. Ces conférences sont mises en scène afin de capter l’attention des spectateurs. Le scientifique a voulu utiliser une méthode joueuse en partant de sujets qui à priori n’ont rien de mathématique. L’exemple de la chauve-souris permet d’aborder la physique en étudiant les fréquences et les sons. En effet, la chauve-souris utilise l’écholocalisation pour se nourrir et se déplacer dans l’obscurité. En observant le vol de ce mammifère, les scientifiques étudient les frottements dans l’air. Tous ces domaines nécessitent donc des équations et théories mathématiques qui permettent de modéliser la réalité.
La mathématique participe ainsi à toutes sortes de phénomènes et on se rend compte que les choses familières recèlent une part de mystère et de merveilleux. Des conférences passionnantes qui vont vous réconcilier avec les maths. R.V.

La guerre des fourmis (Franck Courchamp)

note: 4L'art de la guerre, version "Minuscule" Les bibliothécaires - 1 octobre 2019

Si vous aussi vous vous êtes amusés à observer les fourmis lorsque vous étiez enfant, vous vous replongerez avec fascination dans le monde de ces petites bêtes grâce à cet album qui dévoile les arcanes de modes de vie pour le moins étonnants.
Si les fourmis sont des modèles de survie collective et contribuent à l’équilibre des milieux naturels, Franck Courchamp et Mathieu Ughetti nous emmènent à la rencontre d’espèces plus agressives, dites « envahissantes », et qui représentent un réel danger pour les autres insectes, animaux, voire pour l’homme. De la fourmi balle de fusil dont la morsure provoquerait une douleur équivalente à « marcher sur des charbons ardents avec un clou de 10 cm dans le talon », à la fourmi folle qui décime les populations de crabes des îles Christmas, en passant par celles qui s’attaquent aux câbles et aux champs électriques dans les villes, l’album passe en revue ces féroces petites bêtes qui se disputent des territoires et mettent en place de réelles stratégies de survie et de conquête... et qui coûtent des millions aux États chaque année et ce dans la plus grande discrétion.
Malgré sa complexité, le sujet est abordé avec pédagogie et humour, ce qui rend le propos limpide et ludique, et on croirait presque lire de la science-fiction. Mais l’album nous rappelle avec justesse le rôle que joue chaque espèce (aussi minuscule semble-t-elle) sur les écosystèmes, notamment à l’heure du réchauffement climatique qui favorise l’expansion de certaines espèces particulièrement voraces…Et on est bien content de ne pas vivre à leur échelle ! Une bd de vulgarisation passionnante, à mettre entre toutes les mains, et ce dès 10 ans.
Vv